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14/01/2009

LA LOTUS ELAN DANS L’UNIVERS MECANIQUE DE PHILIPPE GEORJAN

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« J’ai conduit de nombreuses voitures dans ma vie, certaines très puissantes,  raconte Philippe Georjan, héros récurrent d’une nouvelle série de romans que prépare Thierry Le Bras. J’ai piloté en course des autos considérées à juste titres comme emblématiques dans leurs catégories, des R 12 Gorde, des Ford Escort 2000 RS, des Golf GTI, des Sierra Cosworth et bien d’autres, jusqu’à une Focus WRC. Mais si je devais choisir celle qui m’a le plus enthousiasmé, je dirais sans hésiter  la Lotus Elan. »

 

Cela se passait en 1966. J’étais adolescent à l’époque où je l’ai découverte en réalité et un concours de circonstances (1) dont je n’aurais même pas osé rêver m’avait permis de sympathiser avec un jeune pilote de 21 ans, Xavier Ferrant, qui courait alors en F3 et débutait en endurance. Or, Xavier roulait justement en Lotus Elan au quotidien.

 

Elan de passion

 

Je me rappelle la Lotus Elan comme une petite bombe très agréable, très vive,  dotée d’une tenue de route extraordinaire, une voiture franchement ludique et passionnante. Je conserve des souvenirs impérissables de virées cheveux au vent sur les routes côtières de la région de Saint-Malo.  L’aiguille du compte-tours grimpait à la vitesse de l’éclair jusqu’à la limite de la zone rouge, La vitesse procurait un plaisir formidable, magnifiquement orchestré par les hurlements du moteur rageur et quelques crissements de pneus. Il faut dire que son groupe  propulseur d’origine Ford d’une cylindrée de 1.594 centimètres cubes développait 115 chevaux et propulsait la petite bombe qui pesait moins de 700 kilos à 180 kilomètres heure. A l’intérieur, le bois du tableau de bord et du volant associé au cuir des sièges et des garnitures créait une atmosphère à la fois chaleureuse et dynamique.

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La Lotus Elan de Xavier possédait un plus par rapport à ses sœurs sorties des mêmes ateliers. Mon copain pilote sortait avec une speakerine de l’ORTF qui adorait le 5 de Chanel. Ce parfum sensuel et somptueux l’accompagnait dans tous les instants de sa vie. Ses effluves délicieuses imprégnaient le cuir de l’intérieur du cabriolet. C’était très agréable, envoûtant.

 

Cours de conduite en Lotus !

 

Comble de plaisir, Xavier me permettait de conduire sa Lotus Elan sur des petites routes. Il serait mon moniteur de conduite particulier et m’apprendrait d’entrée comment placer mes mains sur un volant, rétrograder en faisant le talon-pointe, choisir les bonnes trajectoires, adapter ma conduite aux revêtements et aux conditions d’adhérence. Bien sûr, un adolescent qui apprend à piloter sur route ouverte au volant d’un petit bolide sans double commande, ça paraît fou aujourd’hui...

 

Mais c’était une autre époque. Il y avait moins de voitures sur les routes. Et nous choisissions tout de même des itinéraires dégagés. D’ailleurs beaucoup de jeunes apprenaient à conduire de cette façon. La seule différence, c’était qu’au lieu de le faire avec un de mes parents sur une 2 cv, une R8 ou une 404, je découvrais la conduite au volant d’une Lotus avec un pilote professionnel.

 

Une voiture insolente...

 

L’Elan était une voiture dans l’air du temps, celui de la légèreté, de l’enthousiasme, des chansons d’époque. Dans ma mémoire, je me vois encore écouter I get around avant de monter dans la Lotus, ou Johnny chantant « Les mauvais garçons » en la quittant. Car, si comme l’idole des jeunes, nous ne nous sentions pas méchants, nous avions le sentiment de provoquer la réprobation lorsque Xavier exploitait la vivacité de  la petite Elan pour doubler et laisser sur place des 2 cv, 4L,  R 16, 404 ou autres DS et Mercedes. La Lotus était si basse que capote installée, sa hauteur ne dépassait pas le bas de la vitre des berlines familiales. Mais avec l’insolence et l’insouciance de la jeunesse, nous imaginions les bobonnes d’au moins quarante ans – un âge qui nous semblait absolument canonique - installées à côté de leurs maris tourner la tête d’un air méprisant. Quant à leurs compagnons bedonnants, ils   nous traitaient sûrement de blousons noirs. Sans compter ceux que les feux de la politique dévoraient – le Parti communiste était très puissant à cette période – qui devaient nous qualifier de sales bourges er de fils à papa et nous vouer à une villégiature forcée dans les camps sibériens. A dire vrai, nous n’en avions cure.

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Un jour, nous avons rattrapé une Simca 1000 beige au niveau de l’Anse Le Guesclin entre Saint-Malo et la Pointe du Grouin. Un chien dodelinant la tête était installé sur la custode et donnait aux propriétaires l’impression de faire partie des français moyens parfaitement respectables. Avant que les hauteurs respectives des deux véhicules nous dissimulent l’intérieur de la Simca, nous avons eu le temps d’apercevoir que monsieur portait un béret et que madame, beaucoup plus large que lui,  arborait une permanente qui durerait au moins six mois avant de défriser. Quand la Lotus est passée devant, le klaxon de la Simca 1000 s’est bloqué, ses pleins phares de sont allumés. Je me suis retourné et j’ai aperçu une tête de mégère sortir pas la vitre droite du véhicule dépassé. Le masque semblait aussi agité que disgracieux. Je ne l’ai pas vu longtemps. Quelques secondes suffirent à faire disparaître la Simca 1000 loin derrière. Je jouissais déjà du plaisir de sentir la Lotus en appui, à la limite du dérapage, bondissant d’un virage à l’autre dans un enchaînement sinueux qui aurait trouvé sa place dans un tracé de course de côte.

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Une autre fois, nous avons doublé ma grand-mère maternelle sur la route de Rothéneuf. Je ne crois pas qu’elle ait eu le temps de me reconnaître. Nous roulions au moins à 120. Elle ne devait pas dépasser le 60, et encore, avec sa Fiat 1500 blanche. En fait, elle conduisait comme d’habitude, droite comme un I, dos décollé du siège, sa tête à manger des gâteaux secs – expression que j’emprunte à Fernand Reynaud tant elle s’applique bien à celle que j’évoque - fixant craintivement la route. Elle tenait le volant du bout de ses doigts alourdis par le poids de l’or, des diamants  et autres pierres précieuses offertes par mon pauvre grand-père qui avait passé l’arme à gauche six ans plus tôt. La grand-mère prétendait que son mari aurait vécu plus longtemps s’il avait moins aimé le whisky, la bonne chair, le tabac et les autres femmes. Je prétendais quant à moi que c’était elle qui l’avait tué tant elle était foncièrement mauvaise et nuisible. Mes propos faisaient beaucoup rire ma cousine, mon cousin, mon père et mon oncle. Beaucoup moins ma mère et ma tante, je l’avoue. Ma mère et sa sœur levaient les yeux au ciel et assuraient que leur père – c'est-à-dire mon grand-père – devait se sentir seul là-haut et se rendre compte à quel point sa femme était importante. Elles semblaient convaincues qu’il l’attendait avec impatience. Je ne disais rien pour ne pas envenimer la situation. Mais je plaisantais souvent à ce sujet avec mon cousin Laurent et ma cousine Christina. Nous pensions d’abord qu’il n’existait aucun risque que ma grand-mère aille polluer l’avenir de notre grand-père outre-tombe. Lui était un très brave homme qui méritait le paradis. Elle, était une sale peste qui, si les dieux du ciel possédaient un peu de bon sens, passerait l’éternité aux tréfonds des enfers. Nous souhaitions à notre grand-père la compagnie de femmes douces, gentilles, compréhensives, ressemblant à Brigitte Bardot, Sylvie Vartan, France Gall, Marie Laforêt ou Claudine Coster. Si notre abominable grand-mère réussissait à resquiller et à le rejoindre, nous espérions qu’il la virerait sur le champ. Nous avions de toute façon fait le serment que s’il ne le faisait pas – il avait très bon cœur, je l’ai déjà dit -, le premier d’entre nous arrivé là-haut chasserait la grand-mère sans pitié et l’enverrait à une distance infinie. Ça, nous n’en parlions pas devant nos parents. Nous étions en 1966. Déjà aujourd’hui, de telles idées – qui ne nous ont pas quittés – passeraient moyennement. Alors, imaginez à l’époque.

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Mon grand-père me manquait/ J’aurais aimé pouvoir lui offrir un tour en Lotus avec Xavier. J’étais certain qu’il aurait accepté et qu’il se serait bien amusé. D’ailleurs, il avait manifesté des velléités d’acheter un cabriolet Mercedes deux ans avant sa mort. Mais la grand-mère avait fait un tel scandale qu’il avait renoncé à son projet et s’était rabattu sur une berline. Il paraît que la décapotable, c’était un piège à trainées… Enfin, selon qui vous devinez.

 

La Lotus Elan symbolisait la jeunesse, une pointe d’arrogance et un défi aux trop bien pensants. Ce n’est pas par hasard qu’Emma Peal apparaîtrait au volant de ce joli petit monstre dans « Chapeau Melon et bottes de cuir ».

 

Après l’Elan, Xavier choisirait des Porsche 911, une 914/6 aussi, voiture mésestimée qui méritait bien mieux que la carrière commerciale et sportive qu’elle reçut. La 914/6, c’était une sorte de Lancia Stratos avant l’heure au niveau de la conception. Mais ça, c’est une autre histoire.

 

Les Lotus Elan de Jim Clark

 

La Lotus Elan représenta une étape marquante dans la vie de Colin Chapman. Elle consacra le passage de Lotus de l’artisanat à l’industrie. Sa tenue de route extraordinaire et sa vivacité la prédestinaient à la compétition. Colin Chapman avait homologué le modèle 26 R qui développait 178 chevaux pour 580 kilos. Une arme redoutable parfois freinée toutefois par des soucis de fiabilité.

 

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Jim Clark a possédé au moins une Lotus Elan. « Je conduis ma Lotus Elan par plaisir, pas parce que j’en ai besoin », déclarait le champion écossais.  J’ai lu que peu avant son accident à Hockenheim, il l’avait offerte à son ami Gérard Crombac chez qui il résidait lorsqu’il séjournait en France. La voiture a été récemment vendue aux enchères avec d’autres voitures de la collection de Gérard Crombac.

 

NOTE MODIFIÉE LE 3 AOÛT 2014

VENGEANCE GLACÉE AU COULIS DE SIXTIES, LE polar vintage, gourmand automobile et humoristique. Plus de précisions et possibilité de lire gratuitement les premières pages en cliquant ICI http://bit.ly/1zmPqE6

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C’est dans ce polar que Philippe, le narrateur, fait la connaissance de Xavier, son moniteur particulier de conduite sur Lotus, l'ami qui va l'aider à grandir plus vite.

Thierry Le Bras

09/01/2009

1969, ANNÉE MÉCANIQUE ET ÉROTIQUE

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69, année érotique pour Serge Gainsbourg et Jane Birkin…

 

Sans oublier Brigitte Bardot dont la chanson « Je n’ai besoin de personne en Harley Davidson fait toujours fureur »

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69, année mécanique aussi, avec quelques temps forts comme l’apparition de la Porsche 917 en compétition, la victoire de Jacky Ickx sur Ford GT 40 aux 24 Heures du Mans dans des conditions très particulières puisqu’après avoir pris le dernier vrai départ type Le Mans en marchant, le pilote belge remporta l’épreuve après un duel roues dans roues jusqu’aux derniers mètre contre la Porsche 908 que Hans Hermann partageait avec Gérard Larrousse.

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69, Jackie Stewart et Jean-Pierre Beltoise réussissent une super-saison sur les Matra-Ford de l’écurie de Ken Tyrell. L’Écossais remporte le titre. Le Français se classe cinquième.

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69, vraiment une très belle année !!! 

 

NOTE MODIFIÉE LE 21 AOÛT 2014

Vous aimez les sixties et leur ambiance de tourbillon d’enthousiasme. Alors, ne ratez pas VENGEANCE GLACÉE AU COULIS DE SIXTIES, LE polar vintage, gourmand automobile et humoristique. Plus de précisions et possibilité de lire gratuitement les premières pages en cliquant ICI http://bit.ly/1zmPqE6

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LE POLAR tendance sixties à lire cet été ou l’hiver prochain au coin du feu !

QUELQUES LIENS A SUIVRE

 

Une autre présentation de VENGEANCE GLACÉE AU COULIS DE SIXTIES http://0z.fr/u88wT

Bientôt un film avec Tom Cruise à l’époque de VENGEANCE GLACÉE AU COULIS DE SIXTIES http://bit.ly/LHGHst

Pedro et Ricardo Rodriguez, les frères amis du sport automobile,  devraient aussi arriver sur grand écran ! http://bit.ly/1kdnVsY

LE PACTE DU TRICHEUR, un autre polar automobile que j’ai écrit pour vous :http://amzn.to/1jAhsoF

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Thierry Le Bras

20/12/2008

NOËL PRÉMONITOIRE

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UN CONTE DE NOËL SUR FOND DE COURSE AUTOMOBILE

 

Je m’appelle Philippe Georjan. Je suis né de la plume de Thierry Le Bras, avec mon cousin Laurent et les autres personnages des romans où nous allons apparaître. Comme le pensait  l’écrivain Serge Dallens, nous existons vraiment, dans un monde parallèle dans lequel nous allons vous entraîner à partir d’aujourd’hui.

 

Le premier roman dans lequel nous racontons nos souvenirs épiques  s’intitule « Vengeance glacée au coulis de sixties ». Il est sorti en 2014 (eBook).

 

Le conte de Noël qui suit se déroule quelques semaines avant cette aventure, en 1965. Nous avions un peu plus de 13 ans. Vous aimez la Nouvelle Vague, les idoles des années 60, les voitures de sport un peu folles de cette époque ? La douce nostalgie de cette période d’insouciance vous envahit parfois ? Vous vous rappelez qu’avant de devenir un adulte responsable, vous avez été un adolescent turbulent ? Ce conte et le roman annoncé  vous combleront.

***

Aussi loin que je me souvienne, mon cousin Laurent et moi avons toujours été liés comme des frères jumeaux.  Nés à quelques jours d’intervalle à l’automne 1952, nous avons été élevés ensemble, il est vrai. Nos pères étaient  frères et s’étaient associés au sein d’une clinique privée à Saint-Malo. Ils avaient épousé deux sœurs qui exploitaient une librairie-papèterie à Saint-Servan.  Nous habitions dans la même maison dans le quartier du Rosais. Le dernier étage de la maison sous les toits était notre domaine. Un espace que nous partagions avec Christina, la sœur aînée de Laurent jusqu’à ce qu’elle obtienne son bac et parte suivre ses études à La Sorbonne.

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Christina était déjà une belle femme. Très brune comme Laurent et moi, une peau mate, des cheveux longs et épais qu’elle faisait voler et tourbillonner avec une aisance de star. Contrairement à mon cousin et à moi qui étions plutôt sportifs et musclés pour notre âge, elle avait hérité d’un corps et de membres très fins. J’avais observé plusieurs fois les regards lubriques des copains lorsqu’ils croisaient Christina. Ma cousine ne laissait pas les garçons indifférents. Je faisais partie de ses admirateurs, conscient hélas que nos six ans et demi de différence d’âge et notre lien familial rendaient tout espoir impossible. Elle conduisait sa Triumph Spitfire à toute allure et pieds nus en imitant ce que faisait Françoise Sagan avec sa Jaguar. Nous étions très fiers lorsque de passage à Saint-Malo, elle nous amenait dans sa décapotable.

 

Nous vivions une double insouciance. Celle du début de l’adolescence d’abord. Tous nos rêves deviendraient réalité. Nous en étions certains. L’ambiance de l’époque nous entretenait dans ce bonheur. Si j’évoque une période révolue, je ne remonte pas à l’âge de pierre non plus. Je ne vous parle tout de même pas du temps avant que Michel Drucker fasse de la télévision ! Le formidable tourbillon des sixties apportait un enthousiasme formidable. Demain serait meilleur qu’aujourd’hui, le doute n’était pas permis. La croissance économique règlerait tous les problèmes sociaux. La guerre au Vietnam s’arrêterait bien vite. Nous étions au cœur des trente glorieuses, fascinés par les perspectives de conquête de la lune, fous de vitesse, de voitures qui foncent en rugissant sur les routes de campagne et en faisant crisser leurs pneus à chaque virage. Les rejets de CO 2 ? Nous ne savions même pas ce que c’était. Et c’était bon de ne pas savoir.

 

Pourtant, contrairement à la plupart de nos camarades, nous nous étions déjà heurtés à de vrais soucis d’adultes et nous avions été contraints d’agir vigoureusement pour protéger notre famille (1). Nous n’étions pas des saints et nous étions prêts à nous battre jusqu’à la mort pour préserver une existence qui nous convenait parfaitement.

 

Nous avions compris que bien travailler au collège et ne pas poser de problèmes particuliers à la maison nous donnait tous les droits. Nous en usions sans trop abuser car nous respections tout de même des valeurs de base, mais nous profitions bien du fait que nos parents étaient trop occupés par leurs activités professionnelles  respectives pour s’occuper de nous.

***

Noël 1965 arrivait.

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Comme chaque année, certains avaient reçu leurs cadeaux en avance. Jim Clark devenait Champion du monde des conducteurs après avoir remporté six victoires durant une saison où John Surtees, Graham Hill et Jackie Stewart lui avaient fourni une superbe réplique. Non content de ses triomphes en Formule 1, le pilote écossais ajoutait les 500 miles d’Indianapolis à son palmarès. Pour conquérir cette dernière victoire, le pilote Lotus et son patron, Colin Chapman, n’avaient pas hésité à faire l’impasse sur le prestigieux Grand-Prix de Monaco qui se déroulait le même week-end que la course américaine.

 

J’admirais énormément Jim Clark et je considère toujours qu’il fait partie des plus grands pilotes de l’histoire de la Formule 1.

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Dans le domaine des variétés, la charmante France Gall faisait partie des enfants gâtés de l’année. Lauréate du Prix de l’Eurovision avec « Poupée de cire, poupée de son », une chanson de Serge Gainsbourg, elle voyait ses ventes de disques s’envoler. France concourait pour le Luxembourg. Nous l’aimions beaucoup. Elle irritait nos professeurs à cause d’un de ses succès précédents, « Sacré Charlemagne ». Le corps enseignant supportait mal qu’elle ait osé y qualifier l’invention de l’école d’idée folle. Nos mères ne l’aimaient pas vraiment, peut-être parce que nos pères la regardaient avec attendrissement lorsqu’elle passait à la télé. Nous nous en moquions et nous écoutions ses 45 tours , des petites galettes en vinyle noir qu’il convenait de manier avec précautions pour ne pas les rayer. Nous réglions le son aussi fort que le permettait le brave électrophone dont le haut-parleur vibrait à la limite de l’explosion.

 

Nous adorions la sublime Sylvie Vartan qui s’était mariée avec Johnny, l’idole des jeunes, le 12 avril précédent. Johnny effectuait son service militaire en Allemagne. « La plus belle pour aller danser », « Les mauvais garçons », « Le pénitencier », « Quand tu es là » faisaient partie de nos disques préférés. Avec certaines musiques des Beatles, comme « Help », Yesterday », « Money ».

 

Christophe chantait Aline pour qu’elle revienne. Nous plaisantions à son sujet à chaque fois que la chanson passait à la radio. « Toujours pas revenue, Aline », lançait inévitablement un de nous.  Christophe ne l’a d’ailleurs  pas encore retrouvée apparemment puisqu’il interprète toujours ce titre.

***

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Nous avions passé l’âge de l’émerveillement de l’enfance. Le sapin ne nous paraissait plus immense comme ceux des premiers Noël que nous conservions en mémoire. Tout simplement parce que nous avions grandi.

 

Nous en croyions plus au Père Noël depuis longtemps. Le 24 décembre au soir,  nous n’attendrions pas que le gentil monsieur à barbe blanche gare son traineau rouge aux rennes cabrés au-dessus de notre cheminée.  

 

Mais Noël restait tout de même une période agréable, celle des décorations festives, des cadeaux, de vacances agréables après le premier trimestre scolaire.

 

Cette année-là, Noël nous procurait une joie supplémentaire. Notre grand-mère maternelle ne viendrait pas. Or, nous détestions notre grand-mère. Toujours en train de critiquer nos pères et d’essayer de semer la zizanie dans les couples de nos parents Toujours mauvaise avec nous. Objectivement, nous le lui rendions bien. Mais c’était elle qui avait commencé et nous n’étions pas du genre à nous laisser marcher sur les pieds. Alors, nous nous enorgueillissions de ne jamais baisser notre garde une fraction de seconde et de toujours la traiter avec une politesse glaciale aussi exquise que blessante.

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En décembre 1965, la maman de nos mamans était partie en croisière sur le France avec un vieil ami. Nos mères culpabilisaient car la vieille taupe avait réussi à les convaincre qu’elle se sacrifiait en passant Noël loin de ses filles chéries tant nos pères et nous étions méchants avec elle.  Nous ne comprenions pas comment son ami pouvait la supporter. Ma cousine Christina avait suggéré une explication. Elle pensait que sentant l’heure du jugement dernier approcher, le vieil homme s’infligeait l’enfer afin d’expier ses péchés et d’obtenir le pardon de Dieu. Il aspirait à gagner ainsi sa place au paradis. Christina prétendait en outre avoir rencontré Jaques Faizant dans une soirée parisienne. Le dessinateur réalisait des dessins humoristiques féroces sur des vieilles dames qu’il appelait ses Mémés. Lors de la soirée en question, il aurait raconté avoir reçu une lettre très agressive d’une habitante de Saint-Malo qui lui aurait reproché de la connaître et de s’inspirer d’elle dans ses dessins. Cette femme aurait porté le même prénom que notre grand-mère. Elle aurait réclamé un partage des droits d’auteur de l’artiste en prétendant qu’elle lui fournissait la matière de ses dessins. Ma cousine assurait que c’était forcément un coup de  notre grand-mère. Info ou intox ? D’un côté, nous savions Christina malicieuse. Mais d’un autre côté, nous considérions notre mamie grincheuse capable de ce genre d’intervention malveillante et ridicule. Le caractère énorme de l’info la rendait crédible.

 

Si la grand-mère prenait le large, Christina passerait Noël avec nous et nous nous en réjouissions.

***

J’espérais que certains des cadeaux que je recevrais présenteraient un rapport avec la course automobile, ma grande passion. Je vibrais déjà au son d’un moteur de voiture de course. Je lisais chaque mois le cahier central que le magazine L’Automobile consacrait aux compétitions. Je connaissais toutes les aventures de Michel Vaillant. Plus tard, je savais que je ferais de la compétition. Probablement pas en professionnel, mais je participerais quand même à de grandes épreuves.

 

Laurent partageait ma passion des voitures et de la compétition. Mais il ne se voyait pas piloter. Il était donc d’ores et déjà convenu qu’il serait mon équipier en rallye. Nous commencerions avec une Cooper S, c’était décidé.

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D’ailleurs, le Rallye de Monte-Carlo approchait. Il partirait le 14 janvier. Un superbe duel s’annonçait entre les Cooper S et les DS 21. Sans compter les velléités des pilotes de Porsche, Saab et autres Alpine A 110, R 8 Gordini, Cortina Lotus ou Ford Mustang d’arbitrer les débats. Le public s’intéresserait aussi aux Matra Jet, à commencer par celle de Henri Pescarolo et Jean-Pierre Jaussaud.

 

Si mon cousin se voyait très bien plus tard dans le rôle de navigateur dans une Cooper S, tant que nous ne courions pas, il préférait voir les DS gagner. Il aimait les DS parce que son père, citroëniste inconditionnel, n‘envisageait même pas d’acheter autre chose que des DS 21. Une préférence qui n’était pas dans les gênes familiaux dans la mesure où le mien, frère de celui de Laurent je le rappelle, s’était converti aux voitures allemandes après sa dernière 404. A ce moment-là, il possédait une Ford Taunus 20 M TS.

 

Le premier jour des vacances de Noël, une discussion entamée avec Laurent sur les chances respectives des Cooper S et des DS 21 dégénéra en match de catch. Presque comme à la télé avec Roger Couderc.

 

Nous faisions du judo et nous savions tomber ce qui nous préservait en principe des blessures. De toute façon, nous n’avions pas peur de quelques bleus ni d’égratignure superficielles. Il faut se faire mal de temps en temps  pour grandir. Ce jour-là, j’ai lamentablement perdu la première manche. Laurent a réussi d’entrée un balayage du pied parfait (De Ashi Barai)  qui m’a projeté les fesses par terre sur le parquet du couloir. Là, au lieu d’essayer de m’immobiliser tout de suite, il m’a arraché  mes chaussons puis trainé  par les pieds. N’ayant aucun support auquel m’accrocher, j’ai dû subir sa domination. Arrivés au bout du couloir, il m’a lâché et j’ai essayé de me relever. Mais j’étais en chaussettes. Je glissais sur le parquet. Mon cousin en a profité pour me retourner le poignet et me plaquer contre le mur, le bras droit tordu dans le dos. Je subissais toujours, incapable d’esquisser un geste de défense efficace. Il a ouvert  la porte d’un grand  placard où nous entreposions quelques vieilleries, m’y a projeté et a fermé la  porte à clé. Il m’a laissé un quart d’heure dans le réduit obscur. Laurent ne manquait pas d’humour. Il m’a ironiquement proposé de me glisser un magazine sous la porte. Comme si je pouvais lire dans le noir.

 

Lorsqu’il a daigné rouvrir  la porte, je lui réservais une surprise. J’avais retiré mes chaussettes et je ne glissais donc plus sur le parquet contrairement à ce à quoi il s’attendait. Je lui ai infligé une punition à la hauteur de l’offense subie.

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A l’époque, les rencontres de catch faisaient recette à la télévision, notamment grâce à une présentation manichéenne du spectacle – un bon contre un méchant avec un arbitre un peu naïf qui ne voyait jamais les sales coups du vilain  tricheur – et aux commentaires du truculent Roger Couderc dont la voix chaleureuse et enthousiaste recréait l’atmosphère des bords des rings dans les foyers français. Grâce à lui, l’Ange blanc, le Bourreau de Béthune, Duranton et son valet ainsi que  le Petit Prince  faisaient partie des vedettes de la deuxième partie de soirée le samedi.

 

En sortant du placard, où j’étais resté bien moins longtemps que nombre de cadres en disgrâce dans leur entreprise, je me suis précipité sur Laurent et je lui ai infligé les pires châtiments appliqués par les plus méchants catcheurs. Étranglement, massage vigoureux du cuir chevelu, massage facial, puis pour finir sauts sur la poitrine après l’avoir allongé  par terre, toutes les recettes pour faire souffrir l’adversaire y sont passées. Sans trop forcer quand même. Nos joutes sont toujours restées sportives et amicales. Nous chahutions comme tous les adolescents. J’ai d’ailleurs lu la veille du Grand-Prix du Brésil une interview de Nico Rosberg qui parlait de son ami Lewis Hamilton avec qui il courait en karting lorsqu’ils étaient adolescents. Nico rapporte que Lewis et lui partageaient généralement la même chambre d’hôtel les week-ends de course et qu’ils s’y livraient à des luttes acharnées qui m’ont rappelé mes affrontements avec Laurent.

***

Chaque famille respecte certaines traditions au moment de Noël. Chez nous, il en existait deux, liées au métier de nos mères.

 

La veille de Noël, leur librairie était prise d’assaut par ceux, toujours assez nombreux, qui achètent leurs cadeaux au dernier moment. Afin de leur éviter d’engager du personnel supplémentaire, Christina, Laurent et moi mettions la main à la pâte. Christina conseillait les clients dans le choix  des livres qui plairaient à leurs destinataires. Laurent et moi faisions les paquets cadeaux. Autant dire que personne ne chômait. La boutique fermait à 19 heures 30. Le temps de remettre un peu d’ordre et de faire la caisse, nous la quittions vers 20 heures.

 

Dans ce contexte, il n’était pas question de réveillonner le 24. Cette année-là, Noël tombait un mardi. Nous avions travaillé de 9 heures à 20 heures le lundi en ne nous accordant chacun qu’une pause d’un quart d’heure à midi. Autant dire que nous finissions tous la journée sur les genoux.

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Compte-tenu de cette situation, nous dînions  très simplement le 24.  Toujours une soupe de légumes, de  la viande froide avec des carottes râpées, un yaourt et des  mandarines. Nos mères affirmaient en outre que cela s’avérait bénéfique pour nos foies avant le repas de Noël, succulent mais difficile à digérer. Les libations de fin d’année constituent de violentes  agressions pour les organismes ! Le foie gras, le chocolat, le homard à l’américaine, la dinde aux marrons, la bûche de Noël (très belle mais généralement écœurante dès la deuxième bouchée)  et les autres mets associés au 25 décembre ne sont pas réputés pour leurs vertus digestives. Sans compter qu’il faut remettre ça une semaine plus tard à la Saint-Sylvestre pour célébrer dignement le passage à la nouvelle année. Encore à l’époque ne buvions-nous  que quelques gorgées de Champagne lors de ces repas pantagruéliques.  Mais une fois à l’âge adulte, lorsqu’on commence à aimer ce qui accompagne le mieux les meilleurs mets, c'est-à-dire les bons vins, les effets dévastateurs des fêtes de fin d’année s’accroissent.

***

Nous n’avions pas encore fait cette expérience. Le 24 décembre 1965, nous sommes montés nous coucher d’assez bonne heure. Je n’ai pas mis longtemps à m’endormir.

 

Mais je me suis réveillé à 5 heures 02. Je m’en rappelle encore. J’ai regardé mon radio-réveil et j’ai noté le rêve que je venais de faire sur une feuille de papier.

 

Christina, Laurent, Christian – notre meilleur ami – et moi étions dans un stand aux 24 Heures du Mans. Il faisait nuit. Le duel Ford – Ferrari faisait rage sur la piste mancelle. Nous suivions la course à l’intérieur d’une équipe.

 

Je rêvais de faire la connaissance de pilotes et de m’intégrer au plus vite dans le monde de la course automobile. Le matin du 25, j’ai raconté mon rêve à Laurent avant de descendre rejoindre nos parents.

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- C’est bizarre que tu ais fait ce rêve une nuit de Noël, a réfléchi mon cousin. Si nous allons au Mans en juin prochain, nous pourrons réviser notre jugement et admettre que le Père Noël existe. Ne te fais pas trop d’illusions quand même. Nous irons au Mans un jour, plus tard, après le bac. Dès 1966, ce serait trop beau…

 

Pourtant, contrairement à toute attente, nous sommes bien allés au Mans en 1966 (2). Donc, il faut croire au Père Noël. Laurent et moi en sommes convaincus depuis cette époque. Il ne peut pas gâter tout le monde tous les ans, mais il existe bien et il passe de temps en temps dans la vie de chacun.

 

(1) un épisode inclus dans le premier roman où apparaissent Philippe et Laurent. Le lecteur y découvre qu’ils ne sont pas des saints. Et c’est tant mieux, parce que les saints, ce n’est pas drôle !

 

(2) le dénouement de ce roman interviendra au bord de la piste mancelle au moment des 24 Heures du Mans 1966. Ce que ne devinent pas encore Philippe et Laurent, c’est qu’avant de profiter de la course, ils vont affronter des épreuves et des dangers particulièrement angoissants…

 

Bonnes fêtes de fin d’année et à très bientôt sur CIRCUIT MORTEL !

Les nouvelles publications de CIRCUIT MORTEL sont désormais mises en ligne sur http://circuitmortel.com

NOTE MODIFIÉE LE 20 DÉCEMBRE 2016

 

QUELQUES LIENS A SUIVRE

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Quelques mois plus tard, Philippe, Laurent et Christian allaient vivre les 24 Heures du Mans 1966 au sein d’une écurie !  L’histoire est apportée dans  VENGEANCE GLACÈE AU COULIS DE SIXTIES, un polar vintage et automobile. Cliquez ici  pour découvrir l’ouvrage  http://amzn.to/1nCwZYd

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LE PACTE DU TRICHEUR, un autre polar automobile que j’ai écrit pour vous dans un autre univers, celui de David Sarel :  http://amzn.to/1jAhsoF

Cooper et DS, la lutte sur les ES  des plus grands rallyes et dans l'univers de Philippe et Laurent  http://bit.ly/1nR7R3i

Thierry Le Bras