27.11.2009
ROUNDS CHOCS POUR RONNIE

A l’entrée en vigueur en F1 des nouvelles règles de qualification en trois phases, Felipe Massa employa les termes de KO tous les quarts d’heure, ce qui traduit l’atmosphère électrique d’un combat de boxe. Une ambiance que Claude Nougaro chanta admirablement dans « Quatre boules de cuir »
Quatre boules de cuir
Sur quatre pieds de guerre
Bombardent le plexus, boxe, boxe
L'angle du maxillaire
Quatre boules de cuir
Dans la cage du ring…

« La Formule 1, c’est comme la bagarre de rue, déclare Olivier Panis. Lorsque tu y arrives, c’est que tu as pris la place de quelqu’un. Il faut te battre pour toi et essayer d’y rester. » (1)

Avant de débuter sa seconde saison dans la discipline reine, le pourtant très policé Nico Rosberg compara le milieu de la F1 à un « parc de requins ».
En 2005, à l’arrivée du Grand Prix d’Imola, Coulthard perdit tout flegme et ignora les bases du savoir-vivre élémentaire pour s’en prendre brutalement à Felipe Massa qui l’avait doublé de manière un peu musclée à son goût. L’Écossais avait oublié l’inélégance et l’irresponsabilité dont il fit preuve en sortant son équipier Mika Häkkinen qui se battait pour le titre au premier virage d’un certain GP de Spa. Dans son altercation avec Felipe, Coulthard m’a rappelé les errances de Mike Tyson le 18 juin 1997 quand, désemparé et complètement à la dérive, il ne trouva rien d’autre à faire que mordre les oreilles d’Evander Holyfield pour tenter de dissimuler son humiliation. En agressant Felipe Massa, Coulthard interpréta avec naturel le rôle du bad boy ridicule, du compétiteur usé et impuissant qu’il avait déjà été face à la modeste Arrows du rookie Bernoldi au Grand-Prix de Monaco 2000. A sa décharge, je mentionnerai tout de même qu’il a dû beaucoup souffrir d’être laminé par ses équipiers successifs chez McLaren. Des humiliations publiques sévères et répétées qui expliquent sûrement aussi les propos mesquins et empreints de jalousie qu’il tint sur Kimi Räikkönen en 2009. Des commentaires vengeurs qui rappellent des coups bas pour rester dans l’atmosphère des boules de cuir qui tournent dans la lumière. Des comportements qui illustrent la violence guerrière du milieu de la course automobile, des propos qui rappellent des déclarations de boxeurs imprégnés de la fureur des rings.
Car des notions de combats, d’épreuves de force s’associent inévitablement au sport automobile. Ambiance Over the top garantie.

Ces rapprochements entre les sports de combat et la course automobile m’ont inspiré une fiction aux rebondissements cruels qui est en ligne sur CONFIDENTIEL PADDOCKS : http://confidentielpaddocks.over-blog.com/article-rounds-...
Dans ROUNDS CHOCS POUR RONNIE, le personnage principal annonce la couleur en soulignant la communauté de vocabulaire entre les deux catégories de disciplines. « Tu remportes des courses en poussant un autre pilote hors du ring, affirmait Ronnie. Tu te maintiens à niveau en tenant ceux qui veulent piquer ta place à distance, et d’ailleurs tu gagnes les championnats soit aux points, soir par KO. Sans compter les sensations dans la voiture. Une grosse auto te secoue comme un sparring-partner. Et si tu ne peux plus rien faire pour gagner, tu rends les armes, tu jettes l’éponge ».

Ronnie sait ce dont il parle. Amateur de défis physiques durant sa jeunesse, il pratiquait volontiers la lutte. Vague camarade et surtout tête de turc d’un catcheur professionnel deus fois plus gros que lui, il apprit à ses dépens les souffrances du gladiateur terrassé.
Les parallèles entre la coures auto et les disciplines de combat sont … frappants. Le pilote est un guerrier, comme le boxeur, le lutteur ou le catcheur. Les classes de cylindrées ressemblent aux catégories de poids. Les pratiquants se livrent à des bras de fer, se rendent coup pour coup, se lancent dans des mano a mano. Parfois, ils cherchent leur second souffle. Toujours, ils jettent toutes leurs forces dans la bataille. Enfin, un pilote émoussé qui se fait tourner autour par des rookies ressemble à un boxeur fini qui s’accroche en vain.
Tous ces parallèles, vous les trouverez dans le récit largement illustré vers lequel vous pilote le lien qui suit :
http://confidentielpaddocks.over-blog.com/article-rounds-...
Le texte se termine par une course féroce, un duel d’anthologie dans le monde du VHC entre deux Alfa Roméo Guilia TZ pilotées par des équipes de lutteurs assoiffés de victoires sur le ring du Castellet.
Une vingtaine de photos pour la plupart inédites de voitures et motos des années 60, 70, 80 illustrent cette note qui aussi de nombreuses infos sur l’Alfa Roméo GTZ, véritable bête de course !

Sans oublier un P38. Les armes ne pourraient-elles pas être de rigueur dans le milieu de la course auto où l’on flingue à tout va depuis quelques saisons ? Sans omettre non plus un hommage à Quatre boules de cuir, une magnifique chanson de Claude Nougaro.
L’histoire sur laquelle vous pilotera le lien ci-dessus constitue un véritable album illustré. Vous pouvez la lire en une ou plusieurs fois, et aussi l’imprimer, la copier autant de fois que vous le souhaitez et l’offrir à vos amis. A vos enfants également, surtout si en plus des bolides et des motos qui foncent sur le bitume, ils aiment le catch, la lutte et la boxe.
Thierry Le Bras
(1) cf. OLIVIER PANIS, Passion F1, par Thierry Le Bras, page 93, Hêtre Éditions (2003)
Préface : Mikka Häkkinen, Champion du monde de F1 1998 et 1999
16:18 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : ronnie, fictions, confidentiel paddocks, alfa roméo gtz, courses de côtes, vhc, sports de combat, catch, lutte, boxe
14.08.2009
SOLEIL, VROMBISSEMENTS, IMAGES ET VINTAGE
Nous voilà au cœur de la période estivale. Cette semaine est probablement la période de l’année qui compte le plus de vacanciers. Le moment de profiter du soleil, des la plage, de la montagne, de se détendre, de faire la fête, de prendre le temps de laisser son imagination vagabonder aussi…
Alors, avant de mettre bientôt en ligne quelques images du Rallycross de Lohéac à la fin des années 70 et au début des années 80, je vous invite à voyager dans un univers où l’automobile de course tient la vedette. Cet univers existe puisque, comme l’écrivit Serge Dalens, les personnages de fiction vivent, non seulement dans l’esprit de leur créateur, mais aussi dans un monde parallèle où ils entraînent les lecteurs.
Les habitués du blog Circuit Mortel le savent déjà. Les nouveaux venus vont le découvrir. Je suis auteur de romans policiers et mes personnages récurrents sont impliqués dans le sport automobile. Je me suis donc amusé à écrire quelques nouvelles (au sens littéraire de courtes fictions) dans l’univers de la course de côte des seventies à nos jours. Les textes sont illustrés :
Je vous invite à découvrir :
DUEL AU SOLEIL DES COTEAUX : l’histoire d’un duel entre deux pilotes d’Alfa Roméo 2000 GTV Bertone groupe 1 en 1977 à Pouillé les Coteaux, avec quelques anecdotes sur d’autres concurrents (en quatre chapitres) :
Le premier :
http://circuitmortel.blogs.myfreesport.fr/archive/2007/07...
Le second :
http://circuitmortel.blogs.myfreesport.fr/archive/2007/07...
Le troisième
http://circuitmortel.blogs.myfreesport.fr/archive/2007/07...
Le quatrième :
http://circuitmortel.blogs.myfreesport.fr/archive/2007/07...

POLITIQUEMENT INCORRECT (à Pluméliau, dans le Morbihan, à la même époque)
Une courte fiction pleine d’anecdotes « course auto » dans l’insouciance des seventies, de la jeunesse et de défis sportifs de toutes sortes pourvu qu’ils soient un peu fous :
http://circuitmortel.hautetfort.com/archive/2008/01/29/po...
L’HISTOIRE D’UN PILOTE AMATEUR « VINTAGE » en 4 épisodes :
Ronnie, un pilote amateur, pas le meilleur mais un bon, un attaquant, un gars qui a du cœur, qui évoquera sans doute à chaque amateur de course auto un ami qui l’a marqué :
le premier chapitre :
http://circuitmortel.hautetfort.com/archive/2007/08/01/il...
le second
http://circuitmortel.hautetfort.com/archive/2007/08/02/le...
le troisième
http://circuitmortel.hautetfort.com/archive/2007/08/03/ro...

le quatrième
http://circuitmortel.hautetfort.com/archive/2007/08/04/le...
MONT-DORE – CHAMBON SUR LAC, une sacrée course de côte
L’édition 2002 de l’épreuve vécue aux côtés d’un jeune pilote du Team Vivia et de son frère :

http://circuitmortel.hautetfort.com/archive/2007/08/12/mo...
J’espère que ces notes et les photos qui les illustrent vous procureront quelques moments de plaisir dans le monde passionnant de la course automobile et du Vintage.
Thierry Le Bras
17:27 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : courses de côtes, fictions, nouvelles, team vivia
31.07.2009
SOUVENIRS DE LA COURSE DE CÔTE DU MONT-DORE – CHAMBON SUR LAC
Il faudra rentrer moins fort en course
(1981 – 2nde montée d’essais pour le pilote de cette VW Scirocco groupe 2)
L’épreuve du Mont-Dore – Chambon-sur-Lac représente une véritable institution dans le petit monde de la course de côte. Elle compte pour le championnat de France et pour le championnat d’Europe de la discipline, ce qui lui assure un plateau de grande qualité chaque année. En outre, comme elle se déroule début août, en pleine période de vacances estivales, des pilotes qui ne disputent pas l’intégralité du championnat faute de temps ou de budget profitent des vacances pour venir se frotter aux gros bras. Autant dire que les spectateurs ne sont pas déçus du spectacle qui se déroule dans un cadre grandiose.
La Course de côte du Mont-Dore Chambon-sur-Lac 2009 se déroule le week-end prochain. Un moment propice à une petite plongée dans le passé de l’épreuve.
Une petite frayeur pour Vladimir Barras en 2002
Et comme en matière de sport automobile, le choc des photos illustre parfaitement le poids des mots, voici quelques photos du gauche du transformateur en bas du parcours. C’est la première difficulté après 400 mètres d’accélération sur un tracé qui développe 5 kilomètres. A chaque édition, plusieurs pilotes s‘y font piéger.
Contrairement aux apparences, Jean-Luc Moreau n’est pas en perdition
Il pilote simplement sa R5 Alpine groupe 2 à la Finlandaise, tout en travers.
Un régal permanent pour les spectateurs (édition 1981)
Une pointure de la discipline, Jacques Almeras sur Porsche 934 groupe 4
La Porsche 924 que pilotaient les frères Almeras au Mans 1981 sera prêtée à Jurgen Barth au Mont-Dore cette année-là
Reboul fut un pilier de l’équipe Almeras
En 1983, sa groupe F au look de 935 joue les épouvantails dans la catégorie
La bagarre fait rage dans toutes les catégories.
Ici, Christian Dzierdzbicki, une pointure lui-aussi,
au volant de Rallye 3 groupe A en 1983
Francis Dosières au volant de sa BMW 635 groupe A en 1985.
Il remportera le groupe A dans toutes les courses du championnat cette année-là
Après la destruction de sa M1,
Marc Thilloy dispute l’édition 1985 au volant de cette 635 groupe A de location
Le nom de Serge Bermant figure souvent en bonne place dans les colonnes d’Échappement.
Le pilote du Sud-Ouest reste associé à la Sierra Cosworth.
Le voici en 1989, qui était, je crois, sa première saison


Sur le site de Chevallier Compétition consacré à la course de côte,
Anthony Gasquet termine sa présentation par une citation de
JM Fangio : « il faut toujours chercher à devenir meilleur, mais il ne faut
jamais croire qu’on l’est devenu. » Anthony fait aujourd’hui partie
des pilotes de F 3000 en course de côte. Au Mont-Dore 2002, il s’alignait
sur une Lucchini équipée d’une moteur 1600. Bien sûr, cette figure ne fut pas
exécutée lors de sa meilleure montée. Mais avec la devise qu’il s’est choisi, nul doute
que le jeune pilote qui possède un beau coup de volant continuera à progresser
et jouera un jour la victoire au scratch
Avant de devenir constructeur, Yves Courage fut pilote,
et un .fameux pilote
Il remporta l’édition 1980 de la CC du Mont-Dore.
Le voici en 1981
Vous aimez la course de côte et plus particulièrement l’atmosphère très particulière de celle du Mont-Dore ? Moi-aussi, vous l’aurez compris. J’ai d’ailleurs rédigé une fiction – presque un docu-fiction – qui se déroule durant l’édition 2002. Vous y trouverez un des personnages de mes romans au départ au volant d’une groupe N 2 litres. Pour découvrir cette course au sein de la course, cliquez sur :
http://circuitmortel.hautetfort.com/archive/2007/08/12/mo...
Dans quelques jours, je mettrai en ligne un nouveau texte sur le Mont-Dore. Vous y trouverez quelques superbes BMW qui s’y sont illustrées.
Mais avant, je ne résiste pas au plaisir de clore cette note sur la seule photo mise en ligne aujourd’hui dont je ne suis pas l’auteur. Je ne l’ai pas prise, parce que je suis sur la photo, assis sur le plateau, à droite au premier rang. C’était l’été 1977. Je participais à l’épreuve sur une Golf GTI groupe 1 que je tractais avec une Opel Ascona SR. Cette année-là, j’ai remporté la classe 1301 – 1600 cm3 à 7 des 11 épreuves auxquelles j’ai participé. Le Mont-Dore fait hélas partie des 4 déceptions quant au résultat. Mais ce fut tout de même une belle expérience d’y participer.
Je suis en bas à droite sur la photo
Derrière moi, c’est Guénaël Le Saux, qui assura fidèlement l’asssistance toute la saison
avec Hervé Mouraud assis de l’autre côté du plateau
En arrière-plan les Commodore GSE, Simca 1000 Rallye 2, Peugeot J7, DS, Alpine, Kadett GTE, illustrent oarfaitement l’atmosphère courses de côtes de l’époque, tant au niveau du plateau des concurrents que des véhicules tracteurs.
Thierry Le Bras
16:14 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : courses de côtes, course de côte du mont-dore-chambon-sur-lac, fictions
05.05.2009
UN MONDE VINTAGE

« Les personnages de fiction vivent, non seulement dans l’esprit de leur créateur, mais aussi dans un monde parallèle où ils entraînent les lecteurs », écrivit Serge Dalens. Philippe Georjan, le personnage principal d’une nouvelle série de romans « Vintage » que je prépare, existe donc bien. J’en suis certain et je compte bien vous en convaincre en rapportant quelques épisodes de sa vie sur ce blog !
Philippe était adolescent au cœur des sixties. Il rapporte ici un temps fort de sa vie, sa première voiture. Des souvenirs qu’il associe naturellement au contexte automobile « Vintage ».
« Ma première voiture, raconte Philippe, j’en rêvais depuis … Depuis toujours en fait, ou tout au moins depuis l’époque où j’avais commencé à faire vroum vroum avec des petites voitures au 1/43ème. Les petites voitures, c’étaient mes jouets préférés si j’en crois ma mère, ma jolie cousine Christina de six ans mon aîné, et aussi mon cousin Laurent qui a mon âge, qui a toujours été comme un vrai jumeau pour moi, et que j’ai entraîné dans ma passion de l’automobile et de la compétition.
« Nous étions en 1970. Laurent et moi avions tout juste 18 ans. Bac et permis de conduire en poche, nous découvrions un sentiment formidable, celui de la liberté que procure la possession de sa propre voiture. J’avais choisi une Mini Austin 1000 rouge à toit blanc avec deux bandes blanches sur le capot avant. Pourquoi ? Pour reproduire le look des Cooper S qui avaient remporté le Rallye de Monte-Carlo en 1965 et 1967 bien sûr. Je voulais faire de la course auto et le plus tôt possible. Ce ne serait pas avec une Cooper S comme j’en rêvais au collège. Le modèle n’était plus assez compétitif dans sa catégorie et je le regrettais beaucoup. Mais avant de choisir la voiture qui me permettrait de remporter mes premières coupes en course de côte, en circuit et en rallye (discipline où Laurent serait naturellement mon navigateur), je voulais à tout prix rouler en Mini.

« Mon Austin de 1970 n’avait pas grand-chose à voir avec les Cooper d’aujourd’hui, à part l’allure générale sympathique et craquante. La Mini d’époque était beaucoup plus petite, bien moins confortable, et elle faisait beaucoup plus de bruit à chaque coup d’accélérateur. Une Mini en ce temps-là, ça se conduisait à coups de pied. Compte tenu du manque de souplesse de l’accélérateur, la pédale d’accélérateur ne connaissait que deux positions, « on » ou « off ». D’autant qu’avec son gabarit, la Mini se faufilait partout dans le trafic et qu’à part les stops et les feux rouges, rien ne l’arrêtait. Bon, d’accord, j’en rajoute un peu dans la caricature. Mais vous n’allez pas m’en vouloir de conserver le meilleur de mes souvenirs !
« Bien sûr, le volant un peu à plat comme sur les camions surprendrait le conducteur aseptisé siglé XXIème siècle, tout comme le dossier du siège qui ne remontait pas bien haut dans le dos. Mais c’était une autre époque, plus ludique, plus originale dans ses créations mécaniques, une époque formidable en vérité. Ce n’est pas pour rien que les objets « Vintage » ont conquis la mode. Ils nous replongent dans la douce réalité de décennies d’enthousiasme et de bonheur. Un paradis embelli par l’insouciance de notre jeunesse, il est vrai, mais aussi la nostalgie d’un contexte général optimiste contrastant singulièrement avec la sinistrose et le défaitisme contemporains.

« Laurent avait choisi une première voiture originale lui-aussi. Il s’agissait d’un spider Fiat 850 jaune.

« Quant à Christian, notre meilleur ami, il roulait dans une NSU 1000 dont la couleur orange célébrait l’engagement du modèle 1200 TT en compétition.
« Nos petites autos d’alors ne suivraient sans doute pas une bête Clio Diesel sur un parcours Saint-Malo – Le Mans, surtout en passant pas les quatre voies et l’autoroute. Elles n’affichaient pas des performances exceptionnelles, loin s’en faut. Mais à 130 (compteur) au volant de l’Austin Mini, je me croyais à la Coupe des Alpes. Et dans le spider Fiat 850 décapoté, cheveux au vent et lunettes noires sur le nez, nous nous prenions pour des stars lorsque nous roulions le long de la plage du sillon à Saint-Malo.

Les filles ne nous auraient pas davantage regardés si nous avions roulé en Lamborghini Miura comme Johnny Hallyday et Jean-Marie Périer.
***
« La conduite ne me posait aucun problème. J’avais déjà parcouru pas mal de kilomètres sur route avant le permis. Ce n’était pas très légal, mais en ce temps-là, les contrôles routiers étaient moins nombreux. En roulant sur des petites routes, les risques de se faire arrêter par la maréchaussée étaient faibles. Bien avant l’auto-école, j’avais appris à conduire avec Xavier Ferrant, un pilote professionnel qui avait sept ans de plus que moi. J’avais eu la chance de sympathiser avec lui quatre ans plus tôt, en 1966. Xavier était devenu comme un grand frère pour moi. Il m’avait aidé à grandir plus vite que la plupart des copains. Et il m’avait initié à la conduite – je devrais même dire au pilotage – avec ses voitures de tourisme successives.

Mon moniteur particulier m’avait donc formé au volant d’une Lotus Elan, d’une Porsche 911 et d’une Porsche 914/6.

J’avais aussi conduit les Triumph Spitfire de ma cousine Christina ainsi que de temps en temps la Ford Taunus 20 M TS et le Coupé Opel Rekord successivement possédés mon père à cette période.

De quoi rendre jaloux les camarades qui se contentaient de manœuvrer les 2 cv ou les 204 familiales dans le jardin.
« Mais pas notre ami Christian. Son père, garagiste spécialisé dans les VO récents, lui faisait essayer tout ce qu’il trouvait intéressant dans le stock

De la Mustang à la Jaguar

en passant par les BMW, DS, Coupé Peugeot 404

Simca 1200 S,

R8 Gorde, Matra 530, Coccinelles, Daf, Cabriolet Mercedes 280 SL, Coupé Volvo (le modèle du Saint dans la série télé),

Alfa Roméo, Opel Kadett Rallye,

Cabriolet Fiat 124,

Honda S 800,
Christian avait conduit un joli pourcentage des modèles figurant dans l’Annuel Salon de l’Auto-Journal bien avant l’obtention du précieux papier rose légalisant ses essais.
« Nos excursions routières n’étaient pas si dangereuses. Deux preuves à l’appui de mon affirmation. D’une part, aucun d’entre nous n’a connu de problèmes lors de cet apprentissage sauvage. D’autre part, le législateur a inventé depuis la conduite accompagnée qui s’apparente à ce que nous faisions en toute illégalité. Quand j’ai découvert cette mesure, j’ai beaucoup ri en constatant que Xavier n’aurait pas pu, de toute façon, être mon accompagnateur officiel. Il était pilote professionnel et faisait ce qu’il voulait avec une voiture entre les mains. Mais il aurait été trop jeune pour m’éduquer légalement dans le cadre de la conduite accompagnée ! Christian aussi d’ailleurs. Dans notre petit groupe, seul Christian aurait pu entrer dans ce système avec son père.
***
« Aujourd’hui encore, notre ami Christian évoque ces modèles avec nostalgie quand il nous raconte l’ennui de l’essai préalable à la vente d’un monospace Diesel équipé d’une boite automatique (et d’un régulateur de vitesse) par un client dont l’intérêt se limite au volume habitable et au taux du crédit avec assurance chômage au cas où... Un monospace gris ou beige bien sûr, une couleur qui ne se remarquera pas sur le parking de l’hyper ni dans le sous-sol des bureaux de la firme qui lui donne son chèque mensuel en attendant que le fonds de pension qui rachètera la boite un jour ou l’autre n’entende optimiser la valorisation de l’EBE et le vire parce qu’il gagnera trop au goût des financiers en costumes sombres qui ignoreront tout de son métier et des talents qu’il met au service de l’entreprise.

« Mon Austin Mini, le spider Fiat 850 de Laurent, la NSU de Christian, les américaines qu’affectionnait son père, la Triumph Spitfire de Christina, la Lotus et les Porsche de Xavier, l’Opel Rekord de mon père, la DS 23 de mon oncle, ces voitures que nous appelons désormais « Vintage », possédaient quelque chose en commun : leur diversité. Pas de recette unique, pas de design uniformisé, banalisé.

Certaines voitures sentaient bon le cuir. La chaleur du bois verni égayait quantité d’habitacles. Aucun pot catalytique n’étouffait le son magique des moteurs qui rugissaient en bandant leurs muscles avant de bondir vers les promesses envoûtantes et excitantes de routes sinueuses à souhait. Et tant pis si avec les suspensions de nos modèles préférés, nos vertèbres jouaient des castagnettes au moindre gravillon sur la route. Nous avions des muscles dorsaux pour amortir les inégalités des revêtements. Nous étions jeunes, sportifs, heureux de vivre. Nous aimions les voitures pleines de vie, pas les canapés feutrés montés sur roues, des objets stupides dans lesquels on s’ennuie à mourir.

« Les experts expliquent souvent le succès de la littérature fantastique par le besoin de nos contemporains de s’évader d’une société triste et affligeante où l’individu a perdu le contrôle de son destin. Et si la mode du « Vintage » ressortait du même phénomène ? Le « Vintage » ne permet-il pas de s’échapper d’un monde aseptisé et insipide pour plonger avec enthousiasme dans un univers passionnant et propice à l’épanouissement de sa personnalité ? »
Propos recueillis par :
Thierry Le Bras
Le créateur des personnages, où plutôt celui qui croit en être leur créateur et se laisse en réalité conduire par lesdits personnages qui mènent l’histoire au gré de leur volonté…
16:29 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : vintage, fictions, romans vintage


