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01/09/2014

MA PREMIÈRE FAN

Ou la face cachée de la célébrité…

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Freddy Vivien, ancien champion du monde de F1, est un personnage récurrent des Aventures de David Sarel. Tout comme Éric Trélor, à la fois parrain, mentor et associé de David.

 

Freddy raconte ici la passion qu’il inspira à une commerçante qui fait sans doute encore partie de ses fans inconditionnels et … un peu – comment dire – encombrants.

 

« C’est une anecdote que j’ai longtemps gardée secrète, raconte Freddy Vivien. Par égard pour la personne concernée. Seuls mes proches étaient au courant du plan de drague que m’a fait la patronne d’un Tabac Presse de Lorient en 1976, l’année où j’ai signé pour accéder à la F1 ».

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Originaire de Fort Bloqué, à côté de Lorient dans le Morbihan, Freddy conclut son premier contrat en 1976 pour courir la saison 1977. Les sportifs de haut niveau font fantasmer les femmes. Preuve en est apportée par la mésaventure survenue à Freddy cette année-là.

 

« 1976 fut une grande année pour moi, se souvient le pilote. Je réalisais le rêve de ma vie en signant avec une écurie de F1. J’ai rencontré la comédienne Daniéla Merle qui est devenue ma femme deux ans plus tard. Nous travaillions d’arrache-pied avec mon ami Éric Trélor et des industriels bretons au lancement du premier modèle Vivia programmé pour le début de l’année 1978.

 

« Je voyageais beaucoup entre le siège de mon écurie, les circuits où nous faisions des essais, Paris où habitait Daniéla, et le Morbihan où serait implantée l’usine Vivia. Mais bon, je me débrouillais tout de même pour ne pas perdre trop de temps dans les avions ni sur la route. »

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Si les limitations de vitesse existaient déjà à cette époque, les radars étaient peu nombreux et les forces de l’ordre compréhensives. Ainsi, un jour où Freddy se fit radariser tout près d’Hennebont à 212 au lieu de 110 au volant de son coupé Alfetta rouge un peu gonflé, les gendarmes à la réception eurent-ils une réaction stupéfiante et sympathique :

 

- Bonjour monsieur Vivien, déclara celui qui venait de le faire stopper d’un geste autoritaire auprès de l’Estafette bleue. Vous rouliez un peu vite. Si vous nous faites des autographes pour nos enfants, nous oublierons le PV.

 

- Merci, répondit Freddy qui parapha une bonne vingtaine d’autographes avant de repartir, car les gendarmes ne s’étaient finalement pas contentés des signatures pour les enfants et avaient aussi pensé aux cousins, aux copains et surtout aux simples relations qu’ils voulaient épater.

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« J’ai toujours été un gros lecteur, précise le pilote. Comme quoi, les sportifs ne sont pas forcément des illettrés qui ne s’intéressent à rien. Déjà à cette époque, je lisais beaucoup de magazines – pas seulement ceux traitant de sports mécaniques – et de romans, surtout des policiers. J’avais l’habitude, quand j’étais dans le Morbihan, de faire mes achats dans un tabac-presse de Lorient dont chacun comprendra que je ne puisse fournir l’adresse. J’en profitais pour acheter des cigares que j’offrais à mon père que je n’ai jamais pu convaincre d’arrêter de fumer. Je savais quelle marque lui faisait plaisir. La buraliste mettait le tout dans un sac que je posais généralement sur le siège passager. »

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Un jour, Freddy trouva un petit morceau de papier plié en quatre par-terre dans son Alfa. Il le déplia et trouva un texte éloquent.

 

« J’ai rencontré un homme qui me plait. Mais il n’est apparemment pas libre. J’aimerais quand même en parler avec vous. » Le texte se terminait par une signature illisible.

 

Freddy douta d’abord que le texte lui fût adressé. Il imagina que son ami Éric Trélor, alors avocat stagiaire, souvent passager dans sa voiture, en était le destinataire et l’avait perdu. C’était tout à fait le genre de message qu’une femme qui pensait divorcer - ou faire divorcer son amant - pouvait écrire à l’attention de son avocat.

 

- Je ne comprends pas, répondit Éric. J’ai des dossiers de divorce, bien sûr, mais aucune cliente ne m’a écrit ça.

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Freddy pensa alors que le message avait pu être glissé dans l’Alfa à un moment où elle était en stationnement avec la vitre légèrement ouverte. Mais ce scénario ne lui fournissait aucun indice quant à l’identité de la femme qui l’avait écrit.

 

Son père lui apporta quelques jours plus tard la réponse à cette question.

 

- Dis donc, j’ai trouvé un message bizarre dans la boite d’allumettes qui était avec les cigares que tu m’as offerts. C’est une blague ou quoi ?

 

Freddy reconnut immédiatement l’écriture.

 

«  Je suis follement amoureuse d’un homme. Je crois qu’il ne s’en rend pas compte. J’aimerais qu’il m’appelle au 97.--.--. Un jeudi où un lundi matin, ce sont les jours où mon mari n’est pas là. »

 

L’amoureuse transie, c’était la buraliste ! Une femme mariée et mère de famille d’une quarantaine d’années qui s’ennuyait avec son homme. Le premier message était tout simplement tombé du sac de journaux posé sur le siège. Puis croyant que Freddy achetait les cigares pour lui, la femme avait trouvé astucieux de placer la suite de sa prose dans une boite d’allumettes.

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Il faut dire que Freddy était plutôt beau gosse. Pas très grand, 1,76 mètre, adepte de la musculation. Il plaisait aux femmes. Les cheveux châtain clair, presque blonds, coiffés à la mode des années soixante dix - c’est à dire sensiblement plus longs qu’aujourd’hui – , le visage un peu rond, Freddy paraissait toujours calme, presque lymphatique. Mais une volonté de fer et un tempérament de feu se cachaient derrière cette apparence tranquille et bourgeoise. Son physique solide dégageait une force tranquille et une assurance inébranlable. En outre, il était naturellement élégant, qu’il porte un blouson de toile et un jean ou un smoking sombre.

 

Les semaines qui suivirent, Freddy ne mit plus les pieds chez la buraliste.

 

«  La situation était gênante, se souvient-il. En plus, je commençais à vivre avec Daniéla et je ne cherchais pas d’aventure, même si cette commerçante était plutôt belle femme, il faut bien l’avouer. »

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Puis Éric Trélor reçut à son cabinet une enveloppe à l’attention de Freddy.

 

« Je suis très lié avec Éric depuis l’enfance, raconte l’ancien champion de F1. Quand il m’a téléphoné qu’il avait un courrier pour moi, je lui ai demandé de l’ouvrir. Et là, surprise. »

 

En décachetant l’enveloppe, Éric découvrit une grande carte avec pour motif un cœur percé d’une flèche. Quant au texte, il dévoilait sans ambiguïté les sentiments de son auteur.

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«  Freddy Vivien, je vous aime, je t’aime. L’amour est une aventure. Cette aventure, j’aimerais la traverser avec toi, Freddy Vivien. J’en rêve jour et nuit. Pour toi, je serai prête à tout, à divorcer, à laisser mes enfants à mon mari, à partir n’importe où du moment que ce soit avec toi. J’ai lu dans la presse magazine que tu avais une liaison avec une comédienne, mon Freddy, mais j’espère que ce n’est qu’une passade ou un mensonge. Certains journaux écrivent vraiment n’importe quoi. Aurai-je une réponse ? Je t’aime, je t’aime, je t’aime mon Freddy. PS : je t’écris chez ton ami Éric Trélor car j’ai lu dans le journal qu’il était ton avocat et que je sais donc qu’il te fera suivre ma carte. N’ayant pas tes coordonnées personnelles, je n’ai pas d’autre moyen de communiquer avec toi pour l’instant. »

 

Freddy commençait à se demander jusqu’où irait son admiratrice amoureuse.

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« Avec Daniéla, nous avons subi bien pire depuis, rapporte le pilote. Nos poubelles sont régulièrement fouillées et des objets intimes nous ayant appartenu mis en vente sur le net. Nous avons appris par exemple qu’une petite culotte de ma femme a été vendue 750 euros à un de ses fans. Mais à l’époque, Daniéla débutait sa carrière de comédienne et moi j’arrivais juste en F1. Nous ne comprenions pas que certains fans nous adulaient et  nous ne réalisions pas du tout  les aspects négatifs de la notoriété ».

 

Bien sûr, Freddy évita le commerce de sa première fan afin de ne pas encourager son amour. Elle ne le relança plus. Mais cinq ans plus tard, elle demanda à Éric de l’assister lorsqu’elle vendit son fonds de commerce. L’avocat ne fit aucune allusion à ce qui s’était passé. Ce fut elle qui évoqua le sujet après la signature de l’acte définitif.

 

- Si vous saviez comme j’ai aimé votre ami Freddy Vivien, confia la pauvre femme. J’aurais tout quitté pour lui. J’allais jusqu’à prier pour qu’il arrive malheur à Daniéla Merle. Ce n’est pas bien, je sais. La prochaine fois que vous verrez Freddy, dites lui bien que je serai toujours sa plus grande fan…

 

QUELQUES LIENS A SUIVRE

 

Une première victoire pour Freddy Vivien http://0z.fr/UJav0

 

Freddy supporter d’Èric et de Ronnie http://0z.fr/DwoeM

 

F1 : Freddy, Èric et David dans un monde sauvage http://0z.fr/2zYDt

 

Sensations F1 avec Freddy http://bit.ly/1hkn4Qu

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Un rallye périlleux pourÈric et David http://0z.fr/JHYvp

 

Freddy, Èric et David sont aussi les héros de CIRCUIT MORTEL A LOHÈAC, LE polar au cœur du Rallycross http://bit.ly/1lFFty7

 

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Propos recueillis par

Thierry Le Bras

02/09/2013

QUAND J’AVAIS 16 ANS

 

je n’aimais pas trop me faire photographier…

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  Mais j’aimais déjà les voitures de sport de telle sorte qu’à côté d’une auto, je me laissais convaincre.

 

Ici, je suis devant l’Opel Manta SR que venait d’acheter mon père. Une machine sympa qu’il remplacerait 18 mois plus tard par une Alfa Romeo 2000 GTV encore plus méchante, une des reines du groupe 1 à son époque.

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 Quand j’avais 16 ans, j’avais hâte de débuter en course automobile, même si j’avais renoncé à en faire mon métier comme je le rêvais au temps de l’école primaire. Je m’imaginais tout de même volontiers piloter des BMW, Alfa Romeo, Porsche, Alpine ou Opel.

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 Quand j’avais 16 ans, j’ai lu une bonne partie de La Comédie humaine de Balzac, La Mousson de Louis Bromfield, Les Mémoires de guerre de Charles de Gaulle, mais j’aimais aussi les ouvrages de la collection Marabout sur la compétition automobile ainsi que les albums de Michel Vaillant.

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 Quand j’avais 16 ans, ma chambre était un musée de la course automobile avec des posters de mes pilotes préférés sur les murs et une vitrine pleine de voitures de course miniatures fabriquées principalement par Solido, Dinky Toys, Corgi Toys, Mebetoys, Norev…

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 Quand j’avais 16 ans, je me disais qu’à mon âge, les frères Pedro et Ricardo Rodriguez s’étaient déjà illustrés en course automobile et que la valeur n’attendait pas le nombre des années.

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 Quand j’avais 16 ans, mon jour préféré de l’année, c’était celui de la Course de côte de Saint-Germain sur Ille où je pouvais approcher et photographier des voitures de course.

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 Quand j’avais 16 ans, Sylvie Vartan chantait Parle-moi de ta vie et son fils David, futur gentleman driver de haut niveau, avait 4 ans.

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 Quand j’avais  16 ans, je trouvais qu’il n’existait pas assez de romans, de récits, de biographies ayant pour thème la course automobile…

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 Je n’ai plus 16 ans… et je découvre toujours avec un grand plaisir les fictions dans le monde des sports mécaniques. Les producteurs de films et les éditeurs nous gâtent cette année. Je m’en réjouis. Devenu auteur, je n’ai pas attendu la vague médiatique pour surfer sur la passion des fictions dans le monde automobile. Dans quelques jours, mon dernier polar, LE PACTE DU TRICHEUR, sera disponible en Ebook. Le héros, David, a 16 ans au moment de l’action et il dispute un rallye en qualité de navigateur. Le scénario se déroule dans la région du Mont-Dore. Quant à l’auteur de la préface, l’excellent rallyman Yoann Bonato engagé cette année en Opel Adam Cup, il a couru son premier rallye comme copilote quand il avant 16 ans !!! Merci à toi Yoann d’avoir accepté de préfacer mon roman.

 

J’espère que vous serez nombreux à lire ce livre et que vous m’aiderez dans sa promotion en le recommandant à vos amis passionnés comme nous de course automobile. D’autant que dans un pays volontiers autophobe et sournoisement hostile à la compétition, promouvoir une fiction qui présente la course automobile sous un jour favorable, c’est la défendre !!!

Les nouvelles publications de CIRCUIT MORTEL sont désormais mises en ligne sur http://circuitmortel.com

 

QUELQUES LIENS A SUIVRE

Le roman LE PACTE DU TRICHEUR est disponible en cliquant sur http://amzn.to/1jAhsoF

Le compte Facebook de Yoann Bonato http://www.facebook.com/pages/Yoann-Bonato/68465946477

Un souvenir personnel en course automobilehttp://bit.ly/QFvt41

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 Chronique d’une haine agissante : sale temps pour David un an avant LE PACTE DU TRICHEUR  http://0z.fr/PgIf4

 

Angoisse au bord de la piste : David sur le site du PACTE DU TRICHEUR quelques semaines avant l’action http://0z.fr/U10ZB

 

David Sarel sur le site du Comité 12 de la Fédération Française de Sport Automobile

http://www.ffsa.org/article.php?comite=comite12&titre_url=-circuit-mortel-a-loheac-&id=10763

 

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Thierry Le Bras

12/06/2009

PNEU IMPORTE LE CHOIX, pourvu qu’on ait la vitesse

PAGANI ZONDA.jpg

 FICTION

 Les visiteurs de Circuit Mortel connaissent David Sarel, l’avocat-pilote héros récurrent de mes romans qui court régulièrement en Championnat LMS, au Mans et dispute quelques rallyes. Ils connaissent également son entourage, notamment son parrain Éric Trélor qui lui a transmis sa passion de la course, Freddy Vivien, ancien Champion du monde de F1 qui a créé les Automobiles Vivia, Nick Vareski, ami d’enfance de David devenu designer de Vivia, Denis Grenier, autre ami proche de David qui fait équipe avec lui dans les épreuves d’endurance, Benjamin Bodin, ex-flic du 36  reconverti dans le privé qui assure la sécurité du Team et de David en particulier pendant les grandes épreuves…

 

En 2008, l’équipage David Sarel – Denis Grenier et Yvonnick Le Squernach disputèrent les 24 Heures du Mans au volant d’une Vivia Supet GT. Leur objectif, la victoire dans la catégorie LMGT1. A 35 ans, David et Denis auraient fait figure de vétérans en F1, tout comme Yvonnick, à peine plus jeune qu’eux. Mais en endurance où l'expérience est capitale, ils formaient un équipage solide. Voici le récit du moment le plus délicat de la course.

CORVETTE BLEUE.jpg

 Dimanche matin,  4 heures 15.

 Nick  réveille David. Dans 40 minutes, il va reprendre le volant.  Le préparateur du team lui fait faire quelques exercices de réveil musculaire.  Dans cette phase, il profite aussi de la luminosité procurée par les wake-up lights qui ont pour propriété de baiser la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil.

 

- Sauf incident, Denis va te passer la voiture en tête des LMGT1, explique Nick. Mais la première Corvette est à 1 minute 30 et la première Aston à 2 minutes 12. Autrement dit tout reste à faire et il commence à pleuvoir. Denis est en pneus mixtes actuellement. Il va falloir que tu décides si tu repars en mixtes ou en full-rain.

 

David écoute. Il va devoir opérer un choix stratégique lourd de conséquences. La lutte est si serrée dans la catégorie que toute erreur se paiera au prix fort.

 

- André est dispo ? interroge David.

 

- Oui, il t’attend au stand, répond Nick.

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André Lebreton, c’est le joker, mieux, l’arme secrète du team en cas d’incertitude quant aux conditions météo. Car André, copain de longue date de Freddy Vivien et Éric Trélor, est un skipper qui s’est fait un nom dans les plus grandes épreuves comme la Transat anglaise, la Route du Rhum, le Vendée-Globe et bien d’autres courses. A 55 ans, il se lance encore dans des records transocéaniques et autour du monde à la barre d’un trimaran géant. Il faut dire qu’il ne fait pas son âge le marin lorientais.  Ses cheveux châtains foncés et son visage pigmenté de quelques taches de rousseur lui conservent une allure d’éternel adolescent. Mais André est un vieux loup de mer qui sent le vent, les nuages et les grains mieux qu’un appareil sophistiqué certifié par la Météorologie Nationale ou l’Administration des poids et mesures. La mission qui lui est confiée aujourd’hui, il l’a déjà exercée souvent pour le Team Vivia ainsi que pour Freddy quand il courait en F1. Les membres du Clan ont toujours fonctionné sur le modèle d’une famille. Certains sont d’ailleurs effectivement liés par des liens familiaux, tandis que d’autres se sont intégrés à cette famille de cœur, une famille choisie donc plus forte qu’une simple famille du sang où tout le monde ne s’aime pas forcément. André fait partie de cette famille. Déjà du temps de la F1, Freddy l’invitait sur certains Grands-Prix, notamment à Spa et en Angleterre quand il était disponible. Et André conseillait le pilote sur les choix de pneus lorsque l’équipe hésitait. « André m’a fait gagner au moins cinq Grands-Prix en sentant la pluie ou au contraire le retour du soleil avant les autres », s’enthousiasme toujours Freddy quand il évoque l’aide de son pote skipper.

STANDS FLOUS.jpg

 David quitte l’espace repos, encadré par Benjamin et Nick. Il remarque que la pluie semble insistante. Il rejoint bientôt Jacques Dumoulin, le responsable des stands Vivia et André. Yves Taden se joint au groupe. Un peu plus jeune que David, Yves a commencé sa carrière comme mécano chez Vivia. Ce grand garçon blond un peu frisé au visage fermé comme beaucoup de Bretons possède toutes les qualités attachées à la ville d’Étel où il est né et où il habite encore. Franc, loyal, travailleur.  Affecté d’entrée à la voiture de David lorsqu’il commençait sa carrière de compétiteur en rallye et en course de côte, Yves a suivi l’ascension de son pilote avec qui il a noué une relation forte au fil des épreuves. Toujours l’esprit de Clan familial que Freddy, Éric, David et les autres se sont attachés à insuffler à l’équipe. Il est devenu son chef de voiture sur toutes les courses et veille à ce que la machine de David soit parfaite. Il commande les autres mécaniciens et organise leurs interventions. Yves joue un rôle particulièrement important dans l’équipe. Sans lui, les recherches des ingénieurs ne serviraient à rien. Une voiture bien conçue ne marche que si l’équipe de mécaniciens la prépare et la suit  avec minutie et rigueur.

 - Sans lui, il manquerait quelque chose dans l’équipe, confie David.

 

La discussion s’engage tout de suite sur le choix des pneus.

 

- Pour l’instant, nous sommes au point d’égalité parfaite entre les mixtes et les pleine pluie, annonce Jacques Dumoulin. J’ai pris des repères sur les temps de Philippe Tranech et Jean-Baptiste Bannier. Philippe est en mixte sur le proto Vivia LMP2. Jean-Baptiste a monté les full rain il y a un vingt minutes sur l’Audi R10. Ils ont bouclé les deux derniers tours dans le même temps à quinze centièmes près. Les tours précédents, Philippe était un peu plus vite.

 

- Donc la piste est de plus en plus mouillée, constate David. Le tout est de savoir si ça va continuer où s’éclaircir. Ton avis André ?

MODENA 2002.jpg

 - Pour moi, c’est parti pour durer et s’amplifier, répond le skipper. Le vent va continuer à apporter des nuages et il ne souffle pas assez fort pour les chasser. Je suis tenté de dire qu’il va pleuvoir au moins jusqu’au milieu de la matinée.

 - Combien de temps avant l’arrêt de Denis ? interroge David.

 

- A peu près douze minutes, précise Jacques.

 

-  Tu as encore un peu de temps pour faire ton choix, enchaîne Yves. J’ai fait mettre un train de mixtes et un train de full rain sous couvertures chauffantes. Tu as dix minutes.

 

Nick et Benjamin écoutent la conversation sans intervenir. C’est David qui va rouler à plus de 300 à l’heure sur la piste mouillée. C’est à lui de choisir. Le pilote réfléchit, attentif au moindre signe. Jacques lui communique les temps. Denis améliore de quatre dixièmes par rapport au tour précédent.  Jean-Baptiste et Philippe améliorent aussi. Philippe a repris une demi-seconde au pilote Audi. Dans un tour et demi, Denis va s’arrêter.

WR.jpg

 - Que dit Denis à la radio ? s’enquiert David.

 - Il ne peut plus dans les Hunaudières. Pour l’instant, la piste reste mouillée, mais moins que tout à l’heure.

 

- Dilemme, avoue David. André, toujours convaincu que la pluie va reprendre ?

 

Le skipper s’avance en dehors du stand, hume l’air, apprécie l’angle des gouttes qui tombent poussées par le vent. Il  s’imprègne des éléments.

 

- Oui. C’est toi qui décides, mais je suis sûr qu’il va se remettre à pleuvoir, et bien.

 

- Alors, full rain.

STANDS CLAIRS.jpg

 Yves prévient les mécaniciens. Ils savent maintenant quels pneus ils vont monter lorsque la voiture s’arrêtera. David met sa cagoule, son caque, ses gants. Il se sent serein, totalement confiant dans le conseil d’André. Nick mitraille la scène avec son appareil photo. Denis vient d’engager la Vivia LMGT1 dans l’allée des stands. Il l’immobilise devant son box, détache son harnais. Déjà, les mécaniciens dirigés par Yves ont commencé leur balai parfaitement réglé. David ouvre la portière. Denis sort de la voiture, enlève son baquet. David installe le sien, se glisse au volant. Denis l’aide à fixer son harnais. Il est prêt pour trois relais. Ça y est, il reçoit l’autorisation de démarrer. Au premier coup de démarreur, le V10 rugit dans le dos du pilote. La Vivia avance dans la voie des stands à vitesse règlementaire puis accélère franchement en reprenant la piste.

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Le revêtement est glissant. Il fait encore nuit. David doit se montrer vigilent et trouver le bon rythme. C’est dur de piloter sous la pluie. Les projections d’eau des autres concurrents forment un véritable écran devant les phares et  réduisent singulièrement la visibilité. Pourtant, il faut faire chauffer les pneus et ne pas laisser les autres éléments de la voiture refroidir. Une machine de course ne comporte pas comme une berline. Elle fonctionne parfaitement à un certain rythme, à certaines températures. En-dessous, elle devient vicieuse. David doit composer avec ces exigences et l’adhérence précaire de la piste. D’habitude, il se débrouille bien dans cet exercice ; il n’y pas de raison qu’il n’y parvienne pas aujourd’hui. Il élargit ses trajectoires par rapport à celles adoptées sur piste sèche, accélère un peu plus doucement, évite de monter sur les bordures, se tient prêt à corriger les  dérobades de la machine. Il prend confiance. A son second tour de piste, la pluie se met à tomber averse au virage du karting. David sourit. Merci André, il l’a guidé vers le bon choix de pneus. Sans doute les Aston et les Corvette feront-elles le même dès qu’elles s’arrêteront, mais au moins, il n’aura pas perdu de temps par rapport à elles. Mieux vaut être devant avec une faible avance que derrière, fût-ce dans les roues de son adversaire.

Il reste onze heures de course. Tout peut encore arriver. Bientôt, le jour va se lever sur la piste du Mans qui se transforme en patinoire. Ce relais qu’accomplit David est un des plus durs des 24 Heures, celui où la fatigue commence à se faire sentir, où la lumière pâle, sorte d’entre chiens et loups, favorise les fautes de pilotage. Combien de voitures ont-elles fini dans les rails à ce moment de la course lors des précédentes éditions ? Beaucoup sans aucun doute. David n’a pas l’intention de se laisser piéger. A la radio, Jacques Dumoulin l’informe que l’Aston qui le suit a aussi opté pour des full-rain mais que l’équipage de la  Corvette qui est troisième a parié sur les mixtes. Qu’importe, pour l’instant, David est le plus vite en piste dans la catégorie LMGT1.

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Bientôt, le jour va se lever. A Mulsanne, un clan composé d’amis, de membres de la famille, de sponsors et de supporters irréductibles des pilotes Vivia sont en place. Dans quelques minutes, David les apercevra pendant une fraction de seconde à la fin de son freinage. Il n’aura pas le temps de faire le moindre signe. Il est en piste. La voiture est en limite d’adhérence, prête à chahuter à la première imprécision de son pilote. A la sortie du droite, elle partira en dérive des quatre roues pendant que David dosera une accélération combinée à une amorce de contre-braquage. Complètement concentré sur son pilotage, il ne pense à rien d'autre. Mais leur  présence de ses proches au bord de la piste booste tout de même son subconscient et favorise sa sérénité

NOTE MODIFIÉE LE 10 JUIN 2014

david sarel,24 heures du mans,vivia

Retrouvez David Sarel quelques années plus tôt :

* dans un roman dont l’action se déroule pendant un rallye : http://0z.fr/JHYvp

* dans  le cadre d’un déjeuner aux saveurs douces – amères : http://bit.ly/1juLvyH

* dans l’univers plein d’intox de la F1 : http://0z.fr/2zYDt

 

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Thierry Le Bras