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15/10/2007

DIDIER PIRONI AUX PORTES DE LA F1

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« Ma première proposition en F1, c’est John Surtees qui me l’a faite indirectement, témoigne Didier Pironi. J’y ai répondu d’une manière négative parce que j’estimais que c’était une écurie dans laquelle j’avais beaucoup à perdre et en tout cas pas beaucoup de moyens de m’exprimer. J’ai donc renoncé à ma première proposition en F1. »

Nous sommes le 21 mai 1977, il y a un peu plus de 30 ans. Les fantastiques succès de Didier Pironi en Formule Renault Europe lui ont valu d'être engagé directement en Formule 2 par Tico Martini sans passer par la case. F3. La saison s'annonce pourtant difficile. Didier affronte plusieurs pilotes qui deviendront également des vedettes de la Formule 1, notamment René Arnoux, Keke Rosberg, Eddie Cheever et Jochen Mass. Et surtout, les Martini-Renault manquent cruellement de compétitivité en début de saison face à leurs concurrentes motorisées par BMW. Didier Pironi se classe cependant fréquemment aux places d'honneur et remportera une course.

Un pari osé

Une idée brillante germe dans l’esprit de Didier Pironi. En plus de son programme de Formule 2, il s'engage dans la course de Formule 3 disputée en prologue du Grand-Prix de Monaco.

« Connaissant la notoriété de cette course et ce qu’elle pouvait m’apporter en cas de victoire, j’ai demandé à Tico Martini qui n’avait plus fait de Formule 3 depuis deux ou trois ans de me construire une voiture. Je travaillais à l’époque chez Tico. J’étais pilote de F2 sur une Martini-Renault. C’est une anecdote marrante de raconter que cette voiture a été prête à peu près quatre jours avant la première séance d’essais à Monaco. J’ai pu faire vingt tours à Magny Cours avant de la mettre en vitesse dans un camion et de la descendre à Monaco juste à temps pour effectuer les essais. Pour moi, c’était un pari osé. Tel que c’était parti et organisé, c’était très, très risqué. Quand nous sommes arrivés à Monaco, nous nous sommes aperçus que la voiture marchait relativement bien. »

L’impression se confirme. Didier remporte sa première et unique course en Formule 3 devant le gotha de la Formule 1. Car c’est une tradition, ceux qui comptent dans l’univers très fermé de la Formule 1, les décideurs qui choisissent les pilotes qui deviendront les acteurs vedettes de la discipline reine, suivent de près les courses de F3 (et aujourd’hui celle de GP2) qui se déroulent la veille du prestigieux Grand-Prix.

C’est donc en sortant de sa voiture qu’il vient d’immobiliser au pied du podium que Didier Pironi qui vient tout juste d’enlever son casque et s’apprête à essuyer son visage trempé de sueur avec sa cagoule reçoit la proposition de John Surtees qu’il va refuser.

Jacky Stewart, le conseiller

« Je vais souvent consulter Jacky Stewart quand j’ai des problèmes de choix ou de problèmes d’avenir, déclare Didier. Je suis allé le voir et il m’a donné quelques conseils »

- T’en fais pas, ne prends aucune décision sans me le dire, tempère le champion écossais. Je suis certain que tu auras des bons contacts en Formule 1 et certainement un contrat intéressant.

« Quand il m’a dit ça, j’ai tout de suite pensé à Tyrell, analyse Didier. Car je savais que qu’il était très proche de Ken Tyrell et qu’il était même un de ses conseillers. »

En 1977, Tyrell fait courir l’originale monoplace à six roues conçue par Derek Gardner. En théorie, les quatre petites roues directrices qui composent le train avant doivent optimiser le compromis entre l’adhérence au sol et le coefficient de pénétration dans l’air. En pratique, cette solution originale n’apporte pas l’avantage escompté, sans doute en partie par la faute de gommes inadaptées à cette particularité. Mais les Tyrell pilotées par Peterson et Depailler enregistrent toutefois des résultats honorables. Et tout le monde croit l’Oncle Ken capable de ramener son écurie vers les sommets.

Jacky Stewart ne s’est pas trompé. Elf, qui soutient Didier Pironi depuis ses débuts, juge qu'il est mûr pour accéder à la F 1. Ronnie Peterson quitte l'écurie Tyrell pour aller défendre les couleurs de Lotus.

Didier reçoit un appel téléphonique de Ken Tyrell.
- Si tu viens en Angleterre, nous pourrions nous voir cinq minutes.

« J’ai volé là-bas à tire d’aile et j’ai reçu ma première proposition intéressante en Formule 1, expose Didier. Ken Tyrell, pour moi, représentait beaucoup de bonnes choses et j’ai signé sans hésiter un contrat de deux ans qui me satisfaisait complètement. Je ne me voyais pas gagner tout de suite en Formule 1. En effet, je n’étais de toute façon pas mûr. Je ne voyais pas en Tyrell la meilleure écurie de F1, mais je n’avais pas un choix étendu. Je pensais trouver dans cette écurie, et surtout à travers cet homme, un moyen d’apprendre très vite et très bien mon métier de pilote de F1, et je n’ai pas été déçu du tout parce que, psychologiquement, Tyrell connaît beaucoup de choses au niveau de l’apprentissage des pilotes et je crois que j’en ai énormément tiré partie. »

Le baptême du feu

Didier Pironi découvre la F1 sur le circuit Paul Ricard qu’il connaît bien.
« Comme premier contact, c’était plutôt déroutant, commente-t-il. J’ai piloté la six roues. J’ai fait une vingtaine ou une trentaine de tours seulement avec cette voiture. »

Le vrai baptême du feu aura lieu quelques semaines plus tard avec la 008, une voiture traditionnelle à quatre roues au lieu de six. Ce sera lors des essais officiels du Grand Prix d’Argentine, au mois de janvier 1978.

L’expression baptême du feu s’entend ici au sens figuratif. car le feu au sens propre, Didier l’avait vu de près mi-juin 1977, sur la piste du Mans.

Didier prit en effet le départ de l’édition 1977 de la classique mancelle à bord d’un proto Alpine A 442 préparé par Oreca. Il faisait équipe avec René Arnoux et Guy Fréquelin. Il avait réalisé le meilleur temps de la première séance d’essais le mercredi soir avec cette voiture qui avait servi de laboratoire à l’équipe Renault. Parti de la troisième ligne, Didier nourrissait de légitimes ambitions. ¨Elles s’éteignirent très vite, hélas.

Lorsqu’il lança un regard vers ses panneauteur à Mulsanne, ce fut pour découvrir une nouvelle terrible. Sa voiture était en feu. Le pilote eut juste le temps de la garer dans l’herbe et de s’en extraire précipitamment avant que les flammes ne détruisent le superbe proto Renault aux couleurs Bendix. Petites causes, grands effets. C’était une simple durite desserrée qui avait mis le feu au moteur dans les Hunaudières. Didier n’entendait pas rester sur cette expérience. Il rêvait d’une revanche qu’il obtiendrait magnifiquement dès l’édition suivante.

Thierry Le Bras

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