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26/06/2006

MEMOIRES DE VIVIA (3)

Objets inanimés, avez-vous donc une âme, écrivit Lamartine ?

Oui, répond cette Vivia 1.600 S née en mille neuf cent soixante-dix huit qui rapporte ici ses souvenirs, ses grandes joies, ses triomphes, ses peines, ses angoisses et sa retraite dorée.

Suite du texte mis en ligne le 24 juin 2006

Chapitre 3 :

            Cette vie dura une saison. A l’automne, j’avais déjà parcouru 40.000 kilomètres. Une petite sœur sortant de l’assemblage prit le relais.

            Mon premier propriétaire privé vint me chercher à l’usine de Kervignac. Il s’appelait Jean-Yves et exerçait la profession de médecin généraliste. Son allure décontractée, son visage franc et ouvert me séduisirent tout de suite. Je sentis dès le premier coup de démarreur que nous nous entendrions bien. Les premiers kilomètres parcourus ensemble me confortèrent dans cette opinion. Il conduisait rapidement, aimait les accélérations franches, et se montrait sûr de lui, comme de moi. Je serais moins sollicitée que par Éric et les essayeurs, mais je en m’ennuierais pas.

            Je compris rapidement que ma vie serait très liée à celle de mon maître. Du fait de son activité professionnelle, il devait m’utiliser plusieurs fois par jour pour visiter sa clientèle. Je me réjouissais d’ailleurs de le retrouver aussi fréquemment.

            Le soir, quand nous ne finissions pas notre journée trop tard, Jean-Yves m’amenait sur de petites routes de campagne du côté de Belz, de Bubry ou de Baud. Je pouvais exprimer ma puissance, mon agilité, et le faire profiter des joies de quelques dérapages savamment contrôlés quoique plus timides que ceux que m’offrait Éric.

            A cette époque, l’essence ne coûtait pas encore trop cher, et les cinémomètres ne sortaient pas tous les jours. Nos conducteurs pouvaient encore jouir de nos capacités sans la hantise du retrait de permis et de la note de carburant.

            Au cours des vacances précédentes, Jean-Yves avait rencontré Jacqueline, une jeune infirmière qui habitait Saint-Malo. Presque tous week-ends, lorsque nous n’étions pas de garde, nous partions rejoindre Jacqueline. Parfois, c’était elle qui descendait nous rendre visite, mais plus rarement. Il est vrai que sa petite auto italienne de 850 cm3 conçue avant tout pour la ville n’était pas prête à affronter les longs parcours rapides, comme moi.

            J’aimais ces voyages qui me permettaient d’exploiter ma vitesse de pointe et de montrer mon endurance.

            Jacqueline et moi nous montrions un peu jalouses l’une de l’autre. N’étions-nous pas les deux amours de Jean-Yves ? Dans l’ensemble pourtant, nous nous entendions bien, même lorsqu’elle me conduisait. J’étais fière de les amener au restaurant ou en boîte de nuit. Ils parvenaient toujours à me garer bien en vue, ce qui flattait ma vanité et soulignait mon standing.

            Durant les mois qui suivirent, nous avons connu des vacances de rêve. Nous partîmes d’abord en Espagne pendant l’été. Le soleil, les petites routes de montagne, la Méditerranée, que de souvenirs merveilleux ! Nous passâmes Noël et le Jour de l’An à Courchevel, dans les Alpes. Je dois l’avouer, ce voyage fut moins agréable que le précédent. Mes roues arrière motrices n’apprécièrent que modérément la neige et le verglas. Équipés de pneus à clous et de chaînes, nous nous sommes cependant initiés aux joies de la glisse. Par bonheur, la nuit, Patrick me garait dans un parking souterrain, à l’abri de la neige et du froid.

            Quelques semaines après notre retour, Jean-Yves et Jacqueline se marièrent. Mes inquiétudes vinrent plus tard, lorsque les formes de Jacqueline commencèrent à s’arrondir : elle était enceinte. J’allais devenir trop petite pour toute la famille... A regret, Patrick dut me vendre.

            Il choisit une Alfetta pour me remplacer. Elle était dotée d’une bonne suspension, d’un moteur puissant, d’une finition sympathique, mais c’était une berline quatre places.

(à suivre le 28 juin 2006)

Si les automobiles Vivia jouent un rôle non négligeable dans les roman de Thierry Le Bras, le héros principal en est toute de même un être humain, David Sarel.. Plongez-vous sans attendre dans l’atmosphère de ses premières aventures parues aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ) , notamment « Circuit mortel à Lohéac » et « Faits d’enfer à Carnac ».

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