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18/01/2008

LA REVOLUTION DE 1968 (2)

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Londres – Sydney, le marathon né en 1968 repartira, notamment en 2004. De nouvelles émotions au programme.

Les débuts de la course automobile consacrèrent les épreuves de ville à ville. A la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème, les fous roulant dans leurs drôles de machines s’affrontèrent sur les parcours de Paris –Saint-Malo, Paris-Perlin, Paris- Vienne. E 1903, 275 équipages s’engagèrent au Paris-Mardrid, une course folle où s’affronteront des Panhard Levassor, des Renault Frères, des Mercedes, des Mors… Les chevaux mécaniques dévorent les routes d’Europe et surclassent la plus noble conquête de l’homme. La révolution mécanique est en route. Rien ne l’arrêtera.

La course de tous les dangers
A quelques kilomètres de Poitiers, Marcel Renault roule à 130 kilomètres heure. Il double un autre concurrent qui, croit-il, s’incline face à sa supériorité. Derrière le nuage de poussière soulevé par l’adversaire qu’il double, il découvre horrifié un contrôleur qui agite un drapeau annonçant un virage serré. La Renault-Frères freine trop tard, s’envole sur le talus bordant la route, puis part en tonneaux dans un champ. Le conducteur et le mécanicien sont tués sur le coup.

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A l’approche de Bordeaux, Louis, le frère de Marcel, mène la course. Il ignore tout de la douzaine d’accidents qui ont tué huit personnes depuis le départ. Paris-Madrid s’arrête à Bordeaux. La République tremble. Le Ministère Combes retire l’autorisation accordée à la course. En Espagne, le Roi Alphonse XIII prend la même décision. C’en est fini des courses de ville à ville. Les pilotes devront trouver d’autres terrains de jeux.

Nous le mentionnions récemment sur ce blog, le Dakar et la Route du Rhum sont nés à quelques mois d’intervalle. Curieusement, dix ans plus tôt, deux grandes aventures, l’une maritime, l’autre terrestre, allaient aussi voir le jour quasi simultanément et passionner le public ainsi que les média.

Un journal anglais, le Sunday Times, décide d’organiser le Golden Globe, une compétition entre tous les navigateurs disposés à tenter un tour du monde en solitaire et sans escale. Les règles de la course sont simples. Il suffit de partir d’Angleterre entre le 1er juin et le 31 octobre 1968 et de ramener son bateau au point de départ après avoir franchi les trois grands caps. Ce pari fou séduit neuf marins dont le Français Bernard Moitessier. Cinq d’entre eux abandonnent très rapidement de telle sorte que quatre hommes seulement se mesurent au mers du Sud. Robin Knox –Johnston sera le premier à revenir. Et le seul. Le bateau de Nigel Tetley se désintégrera après avoir franchi le Cap Horn. Son barreur sera sauvé par un pétrolier mais, trop éprouvé par l’aventure, il ne parviendra pas à s’en remettre et se suicidera quelques mois plus tard. La victoire semble un temps promise à Bernard Moitessier. Il y renonce et entame un second tour du monde… pour sauver son âme. Le dernier bateau en mer est celui de Donald Crowhurst. Le Britannique tente une imposture magistrale qui le dépassera. Au lieu d’effectuer un tour du monde complet, il reste flâner le long des côtes du Brésil en attendant que les autres regagnent l’Atlantique. On retrouve son voilier vide. Le navigateur s’est suicidé.

A la poursuite des horizons lointains
 La même année, en 1968, le concept des courses terrestres de ville à vielle renaît de ses cendres. Sera-t-il aussi éprouvant qu’un tour du monde sur mer ? Là encore, c’est un patron de presse, Max Aitken, qui lance l’idée et y associe le Dayly Miror. Ce nouveau rallye de 16.000 kilomètres partira de Londres et s’achèvera à Sydney après avoir traversé 11 pays dont l’Afghanistan, l’Iran, les Indes. 98 voitures prendront le départ de ce grand périple. Parmi elles des Ford 20 M RS, Cortina Lotus, Falcon, une R 16 TS, des Porsche, des DS 21, des BMC, des Hillman Hunter…

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Parmi les favoris, le récent vainqueur des 24 Heures du Mans, Lucien Bianchi qui pilote une DS 21. Lucien mérite sans conteste le titre de pilote le plus éclectique de l’année. En F1, il a conduit sa Cooper sur la troisième marche du podium du prestigieux Grand-Prix de Monaco et à la sixième place du GP de Belgique. Avec Pedro Rodriguez, il a triomphé aux 24 Heures du Mans. A 150 miles du premier marathon Londres-Sydney, le voilà en tête de ce rallye extraordinaire ! Hélas, le sort frappe Lucien et son équipier Ogier. Il prend la forme d’une voiture de touristes qui percute la DS 21. La DS 21 est immobilisée. Le pilote et le co-pilote sont conduits à l’hôpital. Tout ça par la faute de la bêtise d’un conducteur du dimanche ! La victoire revient finalement à une Hillman Hunter.

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La dernière édition du Marathon Londres – Sydney s’est déroulée en 2004, du 5 juin au 4 juillet. La course était ouverte aux voitures du groupe N ne dépassant pas 2000 cm3 et aux véhicules historiques fabriqués au plus tard en 1977. La première épreuve spéciale se disputa à Lohéac, en Bretagne. Elle faillit bien être fatale à Joe McAndrew. Mais le Champion de Nouvelle-Zélande est un pilote combatif et performant. Au prix d’une course poursuite infernale, il parviendra à refaire son retard et à s’imposer à Sydney avec 18 minutes d’avance sur son dauphin.
 
Les souvenirs épiques de Philippe Georjan (16 ans en 1968) (1) :
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« Bien sûr, cette course me fascinait », raconte Philippe.

DOCU-FICTION

« Mon ami Xavier Ferrant, pilote professionnel, avait hésité à y participer. Il avait envie de partir avec une Ford Cortina Lotus ou une Porsche 911. Mais il avait renoncé car Mathieu Daramon, le patron du Team UTP qui le faisait courir n’était pas chaud. Il préférait consacrer son budget compétition à l’acquisition d’une Porsche 908 pour la saison d’endurance 1969 ainsi qu’à de nouveaux châssis pour faire courir Xavier et son équipier Dany et F1 dans de bonnes conditions. Xavier aurait sans doute pu trouver un sponsor ponctuel pour cette course. Mais monsieur Daramon semblait craindre un accident et des problèmes divers sur cette course un peu folle. En outre, il ne souhaitait pas voir ses pilotes s’y engager sous d’autres couleurs. Xavier s’était donc abstenu.

« Mon cousin Laurent adorait les DS 21. C’était la voiture de son père et Laurent considérait alors que rien ne valait une DS. Moi, j’avais un faible pour les Porsche 911 et les Cortina Lotus. J’avais essayé l’année précédente de convaincre mon père de troquer sa Ford 20 M TS pour une Cortina Lotus. En vain. Il avait trouvé le modèle qui me faisait rêver inconfortable, trop brutal et trop cher. Il lui avait préféré une Opel Rekord certes plus civilisée, mais moins enthousiasmante.

« Notre ami Christian, fils de garagiste, ne jurait que par la grosse Ford Falcon. Quant à Brice, un autre copain qui voulait courir plus tard lui-aussi, il supportait inconditionnellement un équipage privé irlandais qui prenait le départ avec une 404 Injection. Atavisme familial sans nul doute. Son père et son grand-père roulaient en Peugeot…

« Nous fûmes cependant tous déçus de l’accident de Lucien Bianchi. C’était si cruel d’être éliminé de la course si près du but.

« Je rêvais naturellement de courir plus tard. Et je m’imaginais volontiers au départ d’un futur Londres-Sydney en 1978. Je ne réalisais pas encore que les amateurs qui gagNent leur vie dans l’exercice d’un autre métier peuvent difficilement participer à des courses aussi longues et aussi dures. Je faisais aussi l’impasse sur mes carences en mécanique – j’étais en première littéraire - et je ne m’inquiétais pas du fait que Laurent, qui suivait la même filière et serait mon futur navigateur en rallye, n’était pas plus bricoleur ni dépanneur que moi. L’optimisme de le jeunesse nous plongeait agréablement dans le rêve en nous préservant des basses contingences que nous découvririons bien assez tôt. Pour l’heure, à nous les projets de grands espaces avalés à des vitesses infernales dans l’excitation des sauts sur les bosses, des dérapages sur la terre battue et des vrombissements de moteurs rageurs ! Les autres n’avaient qu’à bien se tenir. Ils ne verraient que les nuages de poussière soulevés par les roues arrière de notre bolide.

Thierry Le Bras
 
(1) Philippe Georjan est le héros d’une future série de romans automobiles, Vintage et gourmands dans le tourbillon des sixties ! Thierry Le Bras vous fera partager la vie de Philippe, Laurent, Xavier et les autres dans l’atmosphère enfiévrée des années soixante. Des aventures policières menées au rythme endiablé de ces années passionnantes, du danger, de l’angoisse et de l’insouciance, des courses automobiles incroyables, l’ambiance des tubes de Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, France Gall, Serge Gainsbourg, Dalida et les autres stars qui firent les années 60, voilà ce qui vous attend dans les souvenirs épiques de Philippe Gorjan. Sans oublier quelques références gastronomiques et le langage culinaire qui s'empare non seulement de la vie quotiidienne, mais aussi du sport et des conversations des truands.

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