28.04.2006
DAVID SAREL : TOUT SAVOIR A SON PROPOS
RAPPEL
Pilote automobile le week-end, avocat durant la semaine, David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac.
Ce blog rapporte des informations et des anecdotes sur sa vie quotidienne.
David Sarel fait partie de mon univers. J’espère qu’il appartient aussi au vôtre ou qu’il le rejoindra bientôt.
Afin de mieux connaître David, vous trouverez dans les archives de ce blog diverses informations le concernant :
- quelques histoires survenues à l’occasion de courses automobiles (le plus souvent annoncées par le titre « David raconte ») ;
- l’origine du Clan Vivia, c’est à dire du groupe de proches de David ;
- des anecdotes sur le monde de la Formule 1 qui fait partie de l’univers de David ;
- des anecdotes concernant son métier d’avocat ;
- ses coups de cœur et ses coups de gueule ;
- les sportifs et vedettes qu’il aime ;
- les présentations des deux premières aventures publiées.
POUR INFO, LE TROISIÉME VOLET DES AVENTURES DE DAVID SAREL PARAÎTRA EN OCTOBRE 2006. L’HISTOIRE TROUVERA SA CONCLUSION AUX 24 HEURES DU MANS. DAVID AFFRONTE DES PÉRILS TERRIFIANTS AU COURS DE CETTE AVENTURE…
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26.04.2006
DAVID SAREL, AVOCAT
LES CONFRÈRES
Du 10 au 15 avril dernier, le blog de David a rapporté les réflexions exprimées par notre héros sur certaines catégories de clients. Mais David, qui n’a jamais cédé à la naïveté, sait aussi analyser les comportements de certains confrères. Pour preuve, quelques extraits d’une conversation privée entre David et son ami Sébastien Ménier.
Rappelons que David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac
- Les membres de professions libérales se montrent-ils respectueux de leurs confrères en général ? interrogea Sébastien.
- Il ne faut pas se faire d’illusions, répondit David. Pour beaucoup, la meilleure définition de la confraternité correspond à une haine agissante. Ce qui signifie aussi qu’un confrère, c’est: un espèce de crétin à moitié débile dont tu te demandes par quel miracle il se peut qu’il exerce le même métier que toi.
- Même chez les avocats ?
- Bien sûr. N’oublie pas qu’un procès ressemble à un combat de boxe. Tu rentres dans le tribunal comme sur un ring. Tu essaies de mettre l’adversaire KO, de lui en mettre plein la tête tout en essayant de parer ses coups. Dans ces conditions, les relations confraternelles ne peuvent pas rester amicales. Ou alors, c’est que tu ne défends pas les clients et que tu privilégies les petits arrangements entre amis, ce que font largement certains confrères, surtout dans les petits Barreaux de province des vieilles villes de sous-préfecture… Là, il arrive trop souvent que les influences locales comptent bien plus que la déontologie et l’éthique professionnelle.
- Estimes-tu tes confrères ? enchaîna Sébastien.
- En principe oui. La mentalité de la profession est de défendre les intérêts des clients. Généralement, l’avocat se montre sensible à ce devoir , tout au moins quand il pratique dans une grande ville ou exerce au sein d’une grosse structure. Ce n’est pas le cas de tous les conseillers d’entreprises. Certains cabinets qui pratiquent d’autres métiers ne pensent qu’à s’en mettre plein les poches quitte à sacrifier le client, notamment dans les ventes d’entreprises. Ils n’hésiteront pas par exemple à faire foirer une cession si ils pensent qu’ils vont perdre le client. L’avocat est plus fidèle, plus loyal. Le plus souvent…
- Certains comportements d’autres avocats t’énervent ?
- Bien sûr, je vais te définir quelques catégories de confrères particulièrement insupportables :
1) le jaloux vis à vis de la réussite du confrère. Il faut riposter à ses mesquineries par des phrases cinglantes. De toute façon, on est là pour mener un combat, pas pour faire des amabilités aux confrères.
2) le notable de province qui a perdu sa combativité et dont la vivacité d’esprit s’est émoussée. Il craint d’être bousculé et se conduit comme le jaloux. Il affiche son mépris vis à vis du petit, de celui qui fait peu de chiffre d’affaires ou du jeune débutant. Un de ces types a voulu me la faire quand j’étais stagiaire: « Je vous ai vu en culotte courte, a-t-il balancé avec un visage exprimant la fatuité. » Vivez avec votre temps, ai-je répondu, c’était sûrement en maillot de bain ou en bermuda. Les culottes courtes, c’était bon à votre époque, du temps de la Guerre des boutons. Moi, j’avoue que je ne vous avais pas reconnu au premier abord ; je me souvenais de vous plus mince et sans lunettes à double foyer. Le temps a passé. Vous avez grossi, j’ai grandi. Et maintenant, je suis avocat, comme vous, et je suis là pour assurer la défense des intérêts de mon client… contre vous.
3) le menteur qui déforme la vérité avec assurance en espérant que des énormités passent. C’une espèce dangereuse car elle compte nombre de bons plaideurs. Il faut se montrer très attentif quand tu les affrontes et ne rien laisser passer.
4) le blablateur. Il sait tout, il a tout vu, se prend pour une star du Barreau, promet tout et n’importe quoi, raconte des anecdotes souvent inventées qui le mettent sur un piédestal mais n’écoute pas – ou si peu - ce que lui expose son client. A côté de lui, Collard, c’est un avocaillon de seconde zone, Floriot, c’était un instituteur, Badinter, il lui reconnaît quelques connaissances techniques, Vergès, oui, Vergès, bon, il a eu de la chance de connaître quelques journalistes…
Le blablateur va pourfendre l’adversaire. Son client a toujours raison et doit gagner sur toute la ligne. Oui, il va tailler des croupières au contradicteur, le mettre plus bas que terre. Mais au bout d’un an, il n’a toujours rien fait et se montre incapable de sortir la moindre copie de correspondance de son dossier. Et pour cause, ses seuls courriers sont les lettres adressées à son client pour lui demander des provisions qu’il a encaissées sans accomplir aucune diligence.
Un régal quand tu l’as comme adversaire. Il ne connaît jamais son dossier et se ridiculise tout seul en pérorant devant les juges. Une plaie quand tu es contraint de préparer un dossier avec lui dans une affaire où plusieurs avocats vont intervenir. Tu vas te taper tout le boulot et redouter qu’il raconte des conneries pendant l’audience.
5) Celui qui a tout oublié : il plaide au feeling, parfois très bien d’ailleurs. Un contradicteur facile à descendre devant des magistrats professionnels, mais très dangereux devant les tribunaux de commerce et les conseils de prud’hommes susceptibles de se laisser balader par son langage chatoyant qui ne s’embarrasse pas de considérations juridiques. Il peut t’inventer l’article 1218 du Code pénal et te le réciter par cœur. Lorsque tu lui feras observer que le Code pénal ne compte pas autant d’articles, il ne se laissera pas démonter et ripostera avec morgue que tu l’ennuies avec tes connaissances livresques, qu’il s’est juste trompé de numéro d’article. Dans ce cas-là, à toi de savoir mettre les rieurs de ton côté en soulignant avec un large sourire que le tribunal appréciera.
6) le prétentieux gaffeur : il a tout vu, il sait tout. Je te donne un exemple. L’année dernière, je défendais un directeur de rédaction viré comme un malpropre à la suite d’une cession de contrôle dans le groupe. Pas la moindre lettre avant de lui interdire l’accès de son bureau, rien. Ses collaborateurs avaient appris avant lui qu’il était viré. Je demandais 450.000 € d’indemnités diverses. Après ma plaidoirie, mon adversaire se lève et dit aux juges, vous apprécierez les exagération de mon confrère. Les salariés proches de l’ancienne direction ne sont pas raisonnables. La semaine prochaine, j’ai trente autres dossiers à plaider dans ce groupe. Imaginez ce que ça va coûter si les juges suivent les salariés. Je me retourne, je le regarde, je feins la surprise, et je lance un « merci, confrère ». Puis je regarde le président et je déclare de la voix la plus forte possible : Monsieur le président, mesdames, messieurs, vous apprécierez comment la nouvelle direction a géré les ressources humaines. Au moins 31 licenciements qui arrivent devant les tribunaux ! Le résultat d’une chasse aux sorcières avouée si nous retenons que mon confrère a précisé que toutes ces personnes étaient proches de l’ancienne direction ! J’ai gagné sur toute la ligne
7) le nul, celui qui ne défend que la Justice avec un grand J et pas ses client :. pour lui, l’autre a toujours raison. Le magistrat l’impressionne, l’adversaire le terrorise. C’est déjà beau s’il n’a pas peur du client. On reproche parfois aux avocats de placer leurs adversaires dans des situations où ils n’ont plus qu’à se foutre en l’air. Le nul, ce ne sont pas ses adversaires qui risquent de se suicider, ce sont ses clients. Quand tu l’as en face de toi, il te ferait presque pitié si tu ne considérais pas qu’il déshonore la profession. Attention quand même, c’est généralement un complexé pleurnichard. Il est capable d’aller chialer dans les jupons du Conseil de l’ordre s’il estime que tu n’as pas respecté un tout petit alinéa de rien du tout du Code de déontologie. Ce bouquin, c’est son gilet pare-balles, que dis-je, sa Bible ! Et devant le Conseil, les confrères n’apprécieraient pas que tu t’amuses à l’humilier.
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19.04.2006
Thierry Le Bras dédicace...
A VITRÉ
Pilote automobile le week-end, avocat durant la semaine, David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac.
Dimanche prochain, 23 avril 2006, Thierry Le Bras dédicacera ses romans au salon du livre de Vitré.
Arrêtez vous donc vous ravitailler en polars au stand Astoure !
Thierry Le Bras et ses équipiers du Team Astoure sont prêts à battre le record des 1000 livres dédicacés à Vitré !
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17.04.2006
DAVID SAREL RACONTE (3)
Dédicaces
Pilote automobile le week-end, avocat durant la semaine, David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac.
Ce blog rapporte des informations et des anecdotes sur sa vie quotidienne.
Aujourd’hui, une scène cocasse survenue dimanche soir dernier à la remise des prix du Rallye des vins de Loire remporté par David et son équipier Nick.
La remise des prix venait de se terminer, raconte Nick. Nous allions nous approcher du chapiteau où le vin d’honneur était prévu. C’était la fête dans le Clan Vivia. Nous nous imposions au scratch. Notre ami Denis et les cousins de David gagnaient leurs catégories respectives. Tout à coup, une jeune femme très exubérante et très voyante vient vers nous.
- Vous auriez des posters ? demande-t-elle. Je suis esthéticienne, je fais souvent des massages relaxants à des sportifs dans mon salon.
Personne ne répond à ses avances à peine masquées. Le copain qui gère notre assistance distribue toujours des posters Vivia aux remises de prix. Il en avait encore quelques uns. Le poster se compose d’une photo spectaculaire de notre Vivia 3000 S – une sortie d’épingle en appui et en glisse avec la roue avant droite levée –, de vues en médaillons des autres Vivia du Clan, de tous les équipages de l’écurie et de l’équipe d’assistance. La pin-up nous donne son nom, Véronique, et nous commençons tous à dédicacer le poster sur un coin de table. Elle le prend et nous en réclame un autre. Nous lui demandons à qui le dédicacer.
- Ce sera pour un homme, lance-t-elle mais je ne sais pas encore lequel.
- Nous pouvons écrire une formule générale, suggère David. Pour un ami très cher, pour toi que j’attendais, pour te faire plaisir, pour que tu ne m’oublies jamais, pour combler tes désirs…
Nous attendons la réponse de la fille. Elle réfléchit intensément, la bouche ouverte et les yeux écarquillés. Elle regarde successivement le poster dédicacé et celui encore vierge, puis reprend la parole.
- Finalement, je préfère que vous ne le dédicaciez pas. Regardez, le premier, il fait tout gribouillé maintenant avec ce que vous avez mis dessus. Qu’est-ce que vous écrivez tous mal en plus !
- Désolé, on ne va pas vous salir le second, s’esclaffe Denis.
Elle part en tortillant son postérieur. Visiblement, la chasse au donataire du second poster vient d’ouvrir. La navigatrice d’un autre pilote assiste à la scène et rit aux éclats.
- Zut alors! s’exclame-t-elle. Et tous ces bieaux tableaux que des sagouins y-z-ont gribouillé dessus : Renoir, Monet, Cézanne, Picasso… Ah ils ont tout sali les belles images !
David pleure de rire.
- Tu te souviens de Martine Lépinour, l’esthéticienne qui faisait la saison au MSV ? me glisse-t-il. Cette fille me fait penser à elle (cf. Faits d’enfer à Carnac). Sûrement un bombe perverse et très dangereuse…
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15.04.2006
DAVID SAREL : AVOCAT, MAIS PAS NAÏF (6)
LES CLIENTS SYMPAS
La scène rapportée ici se déroula un soir de septembre, quelques semaines après les aventures vécues par David et Sébastien dans le Morbihan. Rappelons que David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac
Sébastien et Romain avaient invité David et Nick à boire le digestif après le dîner. La conversation s’orienta sur la profession d’avocat qu’exerce David.
Suite des textes publié les 10, 11, 12, 13, 14 et 15 avril 2006
- Heureusement qu’il existe quand même des clients sympas, observa Sébastien.
- Bien sûr, approuva David. Quand je travaille pour Caroline Ducellier, la championne de tennis, je ne me fais jamais de soucis pour les honoraires. Pareil quand je m’occupe d’Olivier Motret, le comédien, ou d’Éva Soparof, le jet-setteuse qui s’occupe du placement de marques dans les films. Jamais de problèmes non plus avec les gens du vrai milieu, ils ont une parole et de l’honneur, contrairement à beaucoup de commerçants ou de patrons de petites boites pour qui une seule chose vaut moins que leur parole, c’est leur signature.
- Tu es très dur dans tes observations, nota Romain.
- Je sais, répondit David. Arielle me reproche souvent d’être méfiant jusqu’à la paranoïa avec les gens que je ne connais pas et ceux avec qui je n’accroche pas. Je n’y peux rien, je suis comme ça. J’ai appris que la vie est une jungle, un struggle for life quotidien. Si tu ne sais pas mordre, tu te fais bouffer. En outre, les méchants ne sont pas seulement ceux qu’on croit. Tu ne peux faire confiance qu’à ton clan. C’est dommage, mais c’est comme ça.
- Comment tu perçois les nouveaux clients ? interrogea Romain.
- Ça dépend du feeling et du dossier bien sûr. Si c’est une affaire judiciaire, je sais qu’il a l’intention de payer. Si c’est un dossier de consultation ou de rédaction d’acte, je jauge le client et je me dis deux fois sur trois, celui-là il se demande déjà quelle méthode il va employer pour essayer de me baiser et de ne pas payer ou tout au moins de jouir dans sa médiocrité en tirant sur les grosses ficelles du prix et des délais.
- Mon père pense un peu ça aussi, reconnut Romain. Mais il dit qu’il faut prendre des risques pour progresser.
- C’est vrai. Nous, on se garantit par les provisions. Comme le cabinet jouit d’une certaine notoriété et qu’on a la chance d’avoir du boulot de toute façon, on demande des montants importants dès qu’on sent que les choses risquent de déraper. Sincèrement, je plains les petits cabinets qui sont obligés d’accepter de négocier avec des clients de seconde zone. D’autant que la plupart d’entre eux sont des porcs. Ils payent mal et se permettent de te déranger n’importe quand, à n’importe quelle heure. Quand tu n’as pas les moyens financiers de les remettre à leur place, voire de les envoyer sur les roses quitte à les perdre, ce doit être l’enfer ce métier.
- Quelles satisfactions ressens-tu à part l’argent ? demanda Romain.
- Beaucoup, répondit David. Avec les clients du clan d’abord, je suis fier de participer à mon niveau à la vie des Automobiles Vivia, d’aider des gens comme Olivier Motret, Caroline Ducellier ou Damien Brémant par exemple à gérer leurs carrières. J’adore également le combat judiciaire, le match acharné que représente un procès, surtout au pénal. Catherine Deneuve a déclaré un jour que chanter, c’était un plaisir physique. Plaider, c’est pareil, c’est une joie fantastique. Par ailleurs, j’éprouve aussi une satisfaction immense quand je permets à quelqu’un victime d’injustices de s’en sortir, voire d’améliorer durablement ses conditions de vie (cf. Faits d’enfer à Carnac).
- Tu ne regrettes pas d’être avocat alors, observa Sébastien.
- Pas du tout. Je ne vois pas ce que j’aurais pu faire d’autre, à part pilote automobile à plein temps bien sûr. De toute façon, je ne supporte pas de vivre sans des challenges très forts. Le métier d’avocat la semaine et la course automobile le week-end constituent un cocktail qui comble mon goût des sensations fortes.
- Tu aurais pu devenir pilote pro aussi, nota Nick.
- Peut-être. Mais tenter une carrière de pilote pro est très hasardeux. Regarde le nombre de très bons pilotes qui se retrouvent sur la paille. Je préférais assurer un métier stable et me faire plaisir en course sans l’obligation d’en vivre.
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14.04.2006
DAVID SAREL : AVOCAT, MAIS PAS NAÏF (5)
LES ENFOIRÉS
(les vrais, rien à voir avec ceux de Coluche)
La scène rapportée ici se déroula un soir de septembre, quelques semaines après les aventures vécues par David et Sébastien dans le Morbihan. Rappelons que David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac
Sébastien et Romain avaient invité David et Nick à boire le digestif après le dîner. La conversation s’orienta sur la profession d’avocat qu’exerce David.
Suite des textes publiés les 10, 11, 12, 13 et 14 avril 2006
- David pourrait raconter d’autres anecdotes, intervint Nick.
- Oh oui, et nombreuses. Une fois, un client, un petit commerçant pour changer, a répondu à une relance d’honoraires que j’était gonflé de le menacer de faire taxer ma facture. Étant son avocat et le défendant contre ses créanciers, j’étais quand même le premier à savoir qu’il était dans la mélasse, que je devrais lui faire cadeau des honoraires et me récupérer sur mes clients riches parce qu’il savait que j’en avais plein.
- Et alors ? demanda Sébastien.
- Je lui ai répondu par retour que je préférais effectivement consacrer mon énergie à des clients plus réguliers dans leurs paiements et j’ai fait taxer la facture. L’huissier l’a fait cracher.
- Raconte l’histoire de la bonne femme qui apportait les dossiers de toute sa famille, suggéra Nick
- Ah, oui, une pimbêche qui avait des boutiques de prêt à porter et payait très mal. On avait toujours plusieurs dossiers en cours avec elle. Des prud’hommes, des litiges avec les fournisseurs, des problèmes avec les copropriétés… Elle attirait les procédures comme la matière fécale attire les mouches. Elle nous amenait aussi les histoires de la grand-mère, du cousin, des enfants… On aurait même eu le toutou, le gros minet, le piaf et le poisson rouge s’ils avaient pu ester en justice. Un jour, elle arrive avec une pile de courriers. Plein de dossiers pour vous, annonce-t-elle. Vous allez être content. Vous avez plein de travail à faire. Je lui ai répondu très sèchement. Vous savez, ce que je veux, ce n’est pas passer douze heures par jour à travailler pour vous ni écouter vos petites histoires pendant des plombes. C’est gagner de l’argent, du blé, de l’oseille, du flouse, du pognon. Pigé ? Elle est devenue toute rouge. Elle a bafouillé et elle est repartie. Le lendemain, la grand-mère est venue régler les arriérés de toute la famille.
- Et l’association caritative, reprit Nick.
- Pas mal aussi. J’ai le dossier d’une association caritative montée par quelques huiles et leurs rombières bien pensantes. Le dossier est assez rentable et surtout, ça fait bien dans le tableau de les compter parmi les clients du cabinet. L’association gère notamment un centre de vacances pour enfants défavorisés du côté d’Erdeven. La directrice du centre, comme par hasard la fille d’un généreux donateur, voulait virer un jeune employé d’entretien.
- Pourquoi ? s’enquit Romain.
- Officiellement parce qu’il était insolent avec elle. J’ai appris plus tard par la bande qu’en réalité, Madame la grande bourgeoise était une vraie nympho et que le gamin n’avait pas répondu à ses avances. Il était amoureux d’une petite de son âge et considérait sans doute sa directrice qui avait quarante ans comme une vieille peau. Un matin, elle appelle au cabinet et me dit, ça y est, j’ai le prétexte pour le foutre à la porte. Il faut lancer la procédure de licenciement dès aujourd’hui. Je n’étais pas chaud. L’acharnement de la poufiasse me gênait. Je me doutais que ses motifs n’étaient pas clairs. Je lui demande de s’expliquer sur les raisons du licenciement. Elle me répond qu’il est absent et qu’il n’a pas prévenu. Je lui oppose que s’il est malade, il a 48 heures pour lui faire parvenir un certificat médical. Elle me dit qu’il n’en aura pas, qu’elle sait pourquoi il ne s’est pas présenté au boulot le matin. Son père est mort d’une crise cardiaque pendant la nuit…
Sébastien et Romain étaient à la fois stupéfaits et indignés.
- J’ai remonté les bretelles de la pouf, expliqua David. Je lui ai expliqué que si elle licenciait un salarié dans des conditions pareilles, elle serait massacrée aux prud’hommes et que c’était normal. C’était indigne de profiter du malheur de quelqu’un pour lui faire perdre son emploi. J’ai refusé de préparer le licenciement et je l’ai prévenue que je ne plaiderais pas l’affaire. Je lui ai aussi fait savoir que si elle insistait, je me verrais contraint de prévenir son père qui était administrateur de l’association des raisons de ma position. Je sais que c’est un homme raisonnable et d’une nature bienveillante. Il n’aurait pas aimé apprendre que sa fille voulait jeter un employé dehors le jour du décès de son père. Elle a renoncé. De très mauvaise grâce.
- Comment l’affaire s’est-elle terminée ? demanda Sébastien.
- Curieusement. J’ai toujours le dossier. Grâce aux donateurs, pas à la pétasse. Et un jour, aux vérifications techniques du Rallye du Pays vannetais, un jeune et sa copine commencent à discuter avec Nick et avec moi. La tête du gars me disait quelque chose, sans plus. On parle de la course. A un moment, il me dit qu’il voulait me remercier. Je m’étonne. Il m’explique qu’il y avait eu des fuites au centre. Une secrétaire avait parlé de la volonté de la directrice de le licencier et de mon insistance pour empêcher l’injustice. Là, je l’ai reconnu. Je l’avais vu dans le parc du centre.
- Il est toujours au centre ? s’inquiéta Romain.
- Non, il est parti. Il bosse dans un Hyper et il constate qu’il y est plus heureux, mieux traité, payé plus cher et qu’il espère des promotions. Je le vois de temps en temps sur les circuits et les rallyes dans l’Ouest. Il vient toujours nous dire bonjour. Il m’a même confié un petit dossier, le montage d’une SCI entre lui, sa mère et sa sœur pour organiser la gestion d’une maison divisée en studios qu’ils ont héritée de son père. C’est sympa.
- Tu as l’air de considérer les patrons de petites boites comme des vermines et de mieux apprécier les grands patrons, le vrai monde des affaires, les sportifs et les gens du show-bizz, et même certains particuliers, nota Sébastien
- C’est vrai, admit David. Le vrai patron, celui qui dirige sa boite sans mégoter, qui assume la gestion des fonctions de l’entreprise, je l’estime et je le respecte. Le gars qui dirige une belle PME ou une grosse entreprise, c’est généralement un vrai seigneur. Il assume ses responsabilités, conduit l’entreprise comme une armée dans une guerre économique impitoyable. Il prend les coups pour protéger ses salariés et faire fructifier l’outil de travail qui profite à tous. Par contre, j’ai toujours eu du mal à supporter les tout petits patrons, qui te débitent du Le Pen ou du Poujade à tour de bras. Leur acharnement à tirer sur tout me gonfle. Je ne cache pas que j’aime bien l’argent. Mais ça m’arrive de faire de très gros efforts pour m’occuper de dossiers qui ne rapportent pas parce que je considère que le client mérite d’être défendu. L’avocat doit assumer sa mission sociale en acceptant de consacrer des efforts à des causes justes quels que soient les moyens financiers du justiciable. Par contre, quand il s’agit d’un gugusse dont je sais qu’il est en train de pleurer misère alors qu’il est bourré, je ne supporte pas. Je me dis, tu me prends pour un con et tu veux profiter de moi, pauvre type. Tu as tort… Arrête ton cirque, tu n’es pas tombé à la bonne adresse. J’en deviens agressif et je ressens une envie irrésistible de mettre le profiteur plus bas que terre. J’ai vu un de ces minables utiliser une vieille 2 cv pourrie pour aller voir tous ses fournisseurs et les apitoyer alors qu’il avait une belle Mercedes dans son garage. Il pleurait un délai pour payer ses factures. J’ai fait semblant de compatir et je lui ai balancé un billet de dix euros à la figure en lui affirmant qu’il me faisait pitié, que je voulais qu’il puisse s’acheter quelques pommes de terre et une tranche de jambon pour bouffer le soir. Eh bien, il l’a pris ! Il a quand même payé quelques jours plus tard. En fait, il était poursuivi au pénal pour fraude fiscale et j’ai soumis l’acceptation du dossier au paiement intégral des arriérés et au versement d’une provision de huit mille euros.
(A suivre le 15 avril 2006)
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13.04.2006
DAVID SAREL : AVOCAT, MAIS PAS NAÏF (4)
LES CLIENTS SONT MENTEURS
La scène rapportée ici se déroula un soir de septembre, quelques semaines après les aventures vécues par David et Sébastien dans le Morbihan. Rappelons que David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac
Sébastien et Romain avaient invité David et Nick à boire le digestif après le dîner. La conversation s’orienta sur la profession d’avocat qu’exerce David.
Suite du texte publié le 12 avril 2006
- Est-ce qu’il t’arrive de regretter d’avoir accepté des dossiers ? demanda Romain.
- Franchement oui, quand le client a tellement menti que son inintelligence te met en difficulté. Je me souviens par exemple d’une réunion avec un confrère et l’adversaire. Mon client avait téléphoné au dernier moment pour se décommander en prétextant qu’il était malade. Je vais au rendez-vous tout seul. Le contentieux portait sur l’existence ou non d’une promesse de société entre deux individus pour monter un billard. Finalement, mon client avait monté l’opération tout seul en prétextant que la somme d’argent qu’avait fournie l’autre n’était qu’un prêt à régulariser. On commence à discuter avec le confrère et l’adversaire. Et là, il me sort des statuts de société signés par mon client et l’autre.
- Surprise, dit Sébastien.
- Tu peux le dire, approuva David. Non seulement mon client m’avait menti, mais il avait empoché à titre personnel le chèque que l’autre lui avait remis pour constituer le capital de la société qui n’était pas constituée. C’était purement et simplement de l’abus de confiance. Il risquait de la prison ferme.
- Qu’as tu fait ? demanda Romain.
- D’abord, j’ai engueulé mon client. Je lui dit qu’il me faisait passer pour une bille auprès du confrère et que je ne pouvais pas tolérer ça. Il m’a répondu qu’il croyait avoir repris tous les exemplaires de statuts à l’autre et qu’il avait détruit ceux qu’il avait de telle sorte qu’il ne pensait pas voir le document ressortir. Je lui ai demandé le versement immédiat d’un complément de provision de 15.000 € en lui faisant comprendre qu’il lui fallait un avocat de ma trempe pour se sortir d’affaire. Il m’a fait le chèque sans sourciller. Après, j’ai convaincu l’adversaire d’accepter la signature d’une convention de portage sur une partie des parts de la société qu’avait constituée mon client tout seul. Le portage s’appliquait aux parts souscrites avec les fonds détournés à l’adversaire. Le pauvre gars n’avait pas le choix. S’il déposait plainte, il ruinait mon client et il perdait son pognon. Son avocat a bien fait un peu de cirque. Je l’ai laissé gueuler. Après tout, mon client méritait bien de passer un seul quart d’heure. Puis quand le confrère a commencé à s’essouffler, j’ai pris la parole et j’ai asséné ma solution. Après, nous avons mis la société qui exploitait le billard en vente par l’intermédiaire d’une agence spécialisée dans la transaction d’entreprises avec laquelle le cabinet travaille. Tout le monde s’en est finalement tiré avec une plus-value.
- Beau boulot, reconnut Sébastien, admiratif.
(A suivre le 14 avril 2006)
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DAVID SAREL : AVOCAT, MAIS PAS NAÏF (3)
LA MAUVAISE FOI DU CLIENT
La scène rapportée ici se déroula un soir de septembre, quelques semaines après les aventures vécues par David et Sébastien dans le Morbihan. Rappelons que David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac
Sébastien et Romain avaient invité David et Nick à boire le digestif après le dîner. La conversation s’orienta sur la profession d’avocat qu’exerce David.
Suite du texte publié le 11 avril 2006
- Mon père dit ça également, confirma Romain. Il ouvre certains dossiers en soupirant tellement les clients l’énervent, surtout des petits commerçants qui geignent comme des vieilles pleureuses. Il préfère d’ailleurs que les casse-pieds aillent faire perdre du temps à des confrères. Et il ajoute que c’est plus facile de traiter avec un armateur anglais pour assurer une flotte de 25 navires qu’avec un charcutier de quartier pour le contrat IARD de sa boutique. Le charcutier, il va faire toute une histoire parce que la quittance a augmenté de 3,12 € par rapport à l’année précédente. Et il te fera en plus deux heures de discours débile pour débiter d’une voix niaise des énormités sur le fait qu’il ne s’est jamais remis de la cinquième semaine de congés payés en 1981.
- Je comprends ton père, reprit David. Et je ne me prive pas de me montrer très désagréable quand je ne veux plus d’un client.
- Par exemple ? demanda Sébastien.
- Une anecdote amusante. Un jour, je m’occupais d’une location-gérance de fonds de prêt à porter loué par un couple vieillissant à une jeune femme tout à fait charmante. Le couple ne voulait ni renouveler le contrat, ni vendre à la jeune femme. Ils sont venus me voir en pensant que j’allais leur donner raison parce que j’avais rédigé le contrat. Ils se trompaient lourdement.
Nick pouffa de rire. Il connaissait cette histoire.
- La vieille commençait à déblatérer sur la nouvelle exploitante. Elle avait mauvais genre etc etc… J’écoutais en souriant. Elle a pris mon attitude pour de l’approbation.
- Je parie que tu l’as détrompée, devina Sébastien.
- Et comment. Vous ne voulez pas qu’elle continue l’exploitation, ai-je constaté. Donc, vous allez reprendre le fonds et essayer de le vendre. Le mari m’a répondu par l’affirmative. Vous avez tort, ai-je lancé. Elle travaille bien. Elle fait deux fois plus de chiffre d’affaires que vous. Si vous reprenez le fonds, vous irez droit à la liquidation judiciaire. Vous n’avez jamais sorti un bon bilan, à moins bien sûr que vous n’ayez tellement fraudé le fisc que votre compta ne représente rien. Mais justement, si vous faites deux fois moins de chiffre qu’elle l’année prochaine, vous attirerez un contrôle. Le fisc ne peut pas savoir que vous êtes mauvais. Il croira que vous vous moquez de lui. La petite dame n’était pas contente. J’ai enfoncé le clou. Je suis désolé, mais il ne faut pas vous mentir. Vous n’êtes pas aimables et vous n’avez pas de goût quand vous faites les achats de stocks. En ce qui concerne votre comportement, je le sais. Je vous ai vus au cabinet assez souvent tous les deux. Combien de fois ne m’avez vous pas pris la tête à contester des factures et à demander des délais que vous n’avez de toute façon jamais respectés. Quant au goût, j’ai conseillé à ma femme d’aller voir votre boutique une fois. Elle m’a dit le soir, tout est ringard. Je n’achèterais même pas une écharpe pour mon arrière grand-mère dans leur taudis. Reconnaissez qu’avec la jeune femme qui la tient maintenant, la boutique a une autre allure qu’avec vous.
Nick, Sébastien et Romain riaient aux éclats.
- La petite dame et son mari frôlaient la crise d’apoplexie, continua David. Ils ouvraient et ils refermaient la bouche sans émettre aucun son. Comme des carpes. J’ai insisté et je leur ai conseillé de vendre à leur locataire gérante… Sinon, vous attirerez les foudres du fisc et vous déposerez le bilan, ai-je lancé d’un air désabusé.
- Comment l’affaire s’est-elle dénouée ? questionna Sébastien.
- Ils ne m’ont pas écouté. Je leur ai rendu leur dossier et je me suis occupé des intérêts de la locataire-gérante. Elle a acheté une boutique dans la même rue car son contrat ne prévoyait pas de clause de non-concurrence en raison de sa durée trop brève et du refus des propriétaires de lui accorder une option d’achat à l’origine. Résultat, au bout de six mois, ils ont vendu le pas de porte pour une bouchée de pain à un opérateur de téléphonie. J’étais mort de rire. Après toutes les discussions où ils m’avaient cassé les oreilles avec leurs contestations mesquines, je n’ai pas compati à leur désarroi. De toute façon, je suis persuadé qu’ils doivent avoir blacké de quoi passer une retraite tranquille.
A suivre le 13 mars 2006
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11.04.2006
DAVID SAREL : AVOCAT, MAIS PAS NAÏF (2)
La scène rapportée ici se déroula un soir de septembre, quelques semaines après les aventures vécues par David et Sébastien dans le Morbihan. Rappelons que David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac
Sébastien et Romain avaient invité David et Nick à boire le digestif après le dîner. La conversation s’orienta sur la profession d’avocat qu’exerce David.
DES MÉDIOCRES
ET DES RADINS
Suite du commentaire du 10 avril 2006
Romain intervint. Son père était courtier en assurances et se plaignait parfois de la mentalité pourrie des clients.
- Les clients se permettent d’être incorrects chez les avocats aussi ?
- Il existe plusieurs catégories de clients, commenta David. Tu as tes clients privilégiés, des personnes dont tu connais toutes les affaires et toute la vie. Les gens de ton clan. Tu les défends avec passion. Tu as aussi les clients attitrés qui ne te sont pas proches mais avec qui tu as créé une relation d’affaire solide. Puis les ponctuels qui payent bien parce que tu es un spécialiste du problème qu’ils ont à résoudre. Et aussi ceux qui sont prêts à donner n’importe quoi pour que tu les tires d’une sale affaire qui risque de les ruiner ou de les conduire derrière les barreaux.
David s’arrêta de parler et but une gorgée de Mandarine. Romain et Sébastien dégustaient leurs Jet 27.
L’avocat reprit la parole.
- Mais à côté de toutes ces catégories de clients intéressants, tu as les radins, les mesquins, les rats d’égouts qui veulent tout avoir sans rien payer.
- Un profil type ? plaisant Sébastien.
- Pas vraiment. Mais des comportements stéréotypés. Tout est trop cher. Si tu les laissais faire, ils fixeraient le prix et paieraient à perte de vue. Ce qu’ils t’ont demandé est facile. Tu n’as qu’à faire du « copier – coller » sur l’ordinateur pour traiter leur dossier. De temps en temps, ils essaient de te faire sentir que tu as déjà l’honneur de les compter parmi tes clients et qu’il est vraiment incroyable que tu veuilles en plus qu’ils te payent.
- Tu en as souvent de cette race ? interrogea Romain.
- En tout cas, je ne les garde pas longtemps. Je leur fais comprendre qu’il vaut mieux qu’ils aillent ailleurs, dans notre intérêt commun. Ce genre de problème se rencontre surtout dans les dossiers de consultation juridique plus que dans les affaires judiciaires. Dès qu’il faut aller devant le tribunal, le client se méfie. Il a peur des juges, du décorum, des conséquences. Pour lui, tu es un seigneur de guerre qui va affronter l’armée adverse. Même un grand PDG ou une star des médias tremble comme une feuille avant d’entrer dans une salle d’audience ou le bureau d’un juge d’instruction. Alors que le client qui vient te consulter sur la rédaction d’un contrat ou un schéma juridique quelconque a généralement l’idée de te rouler dans la farine en entrant dans ton bureau. Dès qu’il aura le renseignement ou le document qu’il veut, tchao pantin. Règle d’or : ne jamais rien donner sans avoir fait verser une provision conséquente au client. L’âme humaine n’est pas très belle. Tu rencontres plus d’enfoirés que de gens de qualité. Bon, j’exagère peut-être un peu en parlant d’enfoirés. Je dirai au moins de petits magouilleurs mesquins qui essaient d’économiser des bouts de ficelle en essayant de discuter les honoraires puis de retarder les paiements.
- Et quels dossiers préfères-tu ? interrogea Romain. Les plaidoiries ou les consultations sur des schémas à mettre en place, des sociétés à monter ?
- Je n’aime les consultations que lorsqu’il s’agit de clients sûrs que j’estime. Quand je m’occupe des contrats des Automobiles Vivia avec le réseau des concessionnaires, des contrats de la tenniswoman Caroline Ducellier avec son équipementier, ça m’intéresse bien sûr. Mais au plan intellectuel, je préfère les plaidoiries, le match judiciaire, le combat avec l’adversaire ou le procureur. En ce qui concerne les consultations, elles sont très souvent ennuyeuses à mourir quand tu travailles pour des petits clients. Au fond de toi, qu’est-ce que tu en as à foutre qu’un commerçant paye son loyer 4,22% plus cher au moment du renouvellement de son bail ? Absolument rien. Surtout quand il te gonfle pendant trois plombes avec ses petites histoires d’étanchéité entre la seconde et la troisième ardoise de la sixième rangée d’ardoises du côté nord-est de son toit. C’est son problème, pas le tien. Quand il paye bien, tu lui réponds. Ça fait partie de l’alimentaire. Si en plus il se fout de toi au niveau des règlements, tu as envie de l’envoyer se faire voir ailleurs.
- De toute façon, à ton niveau, tu ne dois pas avoir beaucoup de consultations de ce niveau-là, observa Sébastien.
- A titre personnel, non. Mais les collaborateurs subissent ce genre de dossiers. Éric et moi, nous avons un principe que nous leur rappelons à toutes les réunions. Il tient en un mot : PROVISIONS. Avant toute chose. Pas un seul renseignement, pas un seul courrier sans provision. Quand tu vas au restau, tu payes en sortant. Quand tu vas chez le coiffeur, pareil. Il n’y a aucune raison que l’avocat serve de banquier à son client. Le petit client est un ingrat par définition. Il est toujours dépassé par ce qui lui arrive. Il aura tôt fait d’oublier les services rendus et de te jouer un mauvais tour. J’en ai eu une fois qui m’a dit qu’au lieu de s’en mettre plein les poches comme moi, les juristes devraient vivre comme des moines, de la mendicité que veulent bien leur accorder les clients. Je lui ai passé une telle soufflante qu’il a fait le chèque avant de sortir du bureau. Par-dessus le marché, il est resté client. Comme quoi, il ne faut jamais prendre de gants.
- Que dis-tu aux clients qui font des allusions à ton train de vie ? interrogea Sébastien.
- Que c’est la garantie de mon indépendance. Si je suis cher, je ne suis pas achetable. Et en plus, cela veut dire que je suis bon. S’ils ne sont pas contents, qu’ils aillent voir un confrère de village qui ne pensera qu’à se mettre bien avec les notables du coin pour espérer lécher par-terre quelques miettes de leurs petites combines en jappant plutôt qu’à assurer une vraie défense de leurs intérêts.
- Tu dois avoir des gens qui ne décalent leurs engagements que parce qu’ils ont des problèmes, objecta Romain.
- Je ne parle pas de ceux-là, répondit David. Il m’arrive de ne réclamer mes honoraires que lorsque le client a gagné et perçu ses indemnités.
- David a procédé comme ça avec Étienne et Jean-Philippe, confirma Sébastien (cf. Faits d’enfer à Carnac, paru aux Éditions Astoure).
- Je pense aux clients qui ont largement les moyens de payer mais qui jouissent dans leur médiocrité en essayant de gratter sur les honos, de payer au lance-pierres et à la Saint Glinglin, de jouer les businessmen en frimant dans leurs Mercedes ou leurs Jaguar mais en consacrant l’essentiel de leur énergie à tirer sur tout plutôt qu’à bosser normalement à faire fructifier leurs affaires. En plus, au fond, ce sont de sinistres crétins. Ils t’énervent parce qu’ils te font perdre du temps à discuter de conneries pour gagner des sommes et des délais minables. Résultat, tu les prends en grippe. Inconsciemment, leurs dossiers te gavent et tu t’en occupes à contre-cœur, donc avec moins d’efficacité.
(A suivre le 12 avril 2006)
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10.04.2006
DAVID SAREL : AVOCAT, MAIS PAS NAÏF (1)
AH, CES CLIENTS !!!
La scène rapportée ici se déroula un soir de septembre, quelques semaines après les aventures vécues par David et Sébastien dans le Morbihan. Rappelons que David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac
David avait amené ses amis Nick, Sébastien et Romain dîner à la Brasserie Auto-Passion, boulevard Brune. David adorait ce restaurant créé autour du thème de la course auto. Puis Sébastien et Romain ayant invité David et Nick à boire le digestif dans l’appartement qu’ils partageaient rue d’Artois dans le 8ème, une conversation s’orienta autour de la profession d’avocat qu’exerce David.
AH, CES CLIENTS !!!
- Je sais que tu aimes ton métier, David, observa Sébastien en tendant à son ami un verre de Mandarine Napoléon. Mais il doit bien exister quelques aspects qui te déplaisent dans la profession.
- Oh, que oui, approuva David. Ce qui me déplait le plus, ce sont les clients, enfin certains clients.
- Les coupables ? interrogea Sébastien.
- Non, si tu attends que je te dise que je me prends la tête quand j’accepte un dossier pénal et que j’ai peur d’aider un coupable à échapper à la justice, tu vas être déçu. Si les faits me répugnent trop, je refuse, c’est tout. L’an dernier, j’ai foutu dehors un mec qui était poursuivi pour avoir torturé les animaux de ses voisins. Je ne pouvais pas le défendre. Il a eu du pot de ne pas prendre ma main sur sa gueule de pervers en prime. Je le lui ai dit d’ailleurs. Une autre fois, j’ai sorti presque manu militari un commerçant et sa nouvelle femme qui voulaient que je les aide à déshériter les enfants du premier mariage du mari… Succulente ta Mandarine, dis donc. Et dans un verre givré comme ça, c’est classe.
- Ta vodka à l’orange pressée relevée avec une pointe de Cognac n’est pas mal non plus, intervint Nick qui connaissait David depuis toujours et suivait sa carrière. Un avocat ne défend pas que des innocents, précisa-t-il. Mais si le client lui devient insupportable, il ne pourra pas assurer sa mission normalement. David défend un proxo notoire, ajouta Nick. Il a raison d’ailleurs, c’est un mec sympa, bon jet-setteur et il paye rubis sur l’ongle.
- Je respecte la loi du milieu, approuva David. Le vrai milieu, celui des gangsters qui en ont, qui ne s’allongent pas au premier interrogatoire, qui ne flinguent pas pour rien, qui respectent un code de l’honneur. Ils valent beaucoup mieux que beaucoup de commerçants et de petits magouilleurs minables qui dissimulent leurs arnaques de bas-étage derrière un titre obtenu au rabais dans les dernières places des feuilles de classement des examens. Le client dont parle Nick n’est pas un vrai proxo à mon sens. Je le qualifierais plutôt de patron d’Eros-center qui protége ses filles, les fait cotiser pour la retraite et leur assure un suivi médical. Un vrai proxo qui traite les putes comme du bétail, je ne l’apprécierais pas forcément… Enfin, sauf si j’en trouvais un qui mette la deuxième femme de mon père à la place où elle devrait être, c’est à dire sur un trottoir.. Celui-là, je le défendrais gratuitement et je lui enverrais des cadeaux en prison s’il se faisait arrêter.
(A suivre le 11 avril 2006)
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