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14/04/2006

DAVID SAREL : AVOCAT, MAIS PAS NAÏF (5)

LES ENFOIRÉS

(les vrais, rien à voir avec ceux de Coluche)

         La scène rapportée ici se déroula un soir de septembre, quelques semaines après les aventures vécues par David et Sébastien dans le Morbihan. Rappelons que David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac

Sébastien et Romain avaient invité David et Nick à boire le digestif après le dîner. La conversation s’orienta sur la profession d’avocat qu’exerce David.

Suite des textes publiés les 10, 11, 12, 13 et 14 avril 2006

            - David pourrait raconter d’autres anecdotes, intervint Nick.

            - Oh oui, et nombreuses. Une fois, un client, un petit commerçant pour changer, a répondu à une relance d’honoraires que j’était gonflé de le menacer de faire taxer ma facture. Étant son avocat et le défendant contre ses créanciers, j’étais quand même le premier à savoir qu’il était dans la mélasse, que je devrais lui faire cadeau des honoraires et me récupérer sur mes clients riches parce qu’il savait que j’en avais plein.

            - Et alors ? demanda Sébastien.

            - Je lui ai répondu par retour que je préférais effectivement consacrer mon énergie à des clients plus réguliers dans leurs paiements et j’ai fait taxer la facture. L’huissier l’a fait cracher.

            - Raconte l’histoire de la bonne femme qui apportait les dossiers de toute sa famille, suggéra Nick

            - Ah, oui, une pimbêche qui avait des boutiques de prêt à porter et payait très mal. On avait toujours plusieurs dossiers en cours avec elle. Des prud’hommes, des litiges avec les fournisseurs, des problèmes avec les copropriétés… Elle attirait les procédures comme la matière fécale attire les mouches. Elle nous amenait aussi les histoires de la grand-mère, du cousin, des enfants… On aurait même eu le toutou, le gros minet, le piaf et le poisson rouge s’ils avaient pu ester en justice. Un jour, elle arrive avec une pile de courriers. Plein de dossiers pour vous, annonce-t-elle. Vous allez être content. Vous avez plein de travail à faire. Je lui ai répondu très sèchement. Vous savez, ce que je veux, ce n’est pas passer douze heures par jour à travailler pour vous ni écouter vos petites histoires pendant des plombes. C’est gagner de l’argent, du blé, de l’oseille, du flouse, du pognon. Pigé ? Elle est devenue toute rouge. Elle a bafouillé et elle est repartie. Le lendemain, la grand-mère est venue régler les arriérés de toute la famille.

            - Et l’association caritative, reprit Nick.

            - Pas mal aussi. J’ai le dossier d’une association caritative montée par quelques huiles et leurs rombières bien pensantes. Le dossier est assez rentable et surtout, ça fait bien dans le tableau de les compter parmi les clients du cabinet. L’association gère notamment un centre de vacances pour enfants défavorisés du côté d’Erdeven. La directrice du centre, comme par hasard la fille d’un généreux donateur, voulait virer un jeune employé d’entretien.

            - Pourquoi ? s’enquit Romain.

            - Officiellement parce qu’il était insolent avec elle. J’ai appris plus tard par la bande qu’en réalité, Madame la grande bourgeoise était une vraie nympho et que le gamin n’avait pas répondu à ses avances. Il était amoureux d’une petite de son âge et considérait sans doute sa directrice qui avait quarante ans comme une vieille peau. Un matin, elle appelle au cabinet et me dit, ça y est, j’ai le prétexte pour le foutre à la porte. Il faut lancer la procédure de licenciement dès aujourd’hui. Je n’étais pas chaud. L’acharnement de la poufiasse me gênait. Je me doutais que ses motifs n’étaient pas clairs. Je lui demande de s’expliquer sur les raisons du licenciement. Elle me répond qu’il est absent et qu’il n’a pas prévenu. Je lui oppose que s’il est malade, il a 48 heures pour lui faire parvenir un certificat médical. Elle me dit qu’il n’en aura pas, qu’elle sait pourquoi il ne s’est pas présenté au boulot le matin. Son père est mort d’une crise cardiaque pendant la nuit…

            Sébastien et Romain étaient à la fois stupéfaits et indignés.

            - J’ai remonté les bretelles de la pouf, expliqua David. Je lui ai expliqué que si elle licenciait un salarié dans des conditions pareilles, elle serait massacrée aux prud’hommes et que c’était normal. C’était indigne de profiter du malheur de quelqu’un pour lui faire perdre son emploi. J’ai refusé de préparer le licenciement et je l’ai prévenue que je ne plaiderais pas l’affaire. Je lui ai aussi fait savoir que si elle insistait, je me verrais contraint de prévenir son père qui était administrateur de l’association des raisons de ma position. Je sais que c’est un homme raisonnable et d’une nature bienveillante. Il n’aurait pas aimé apprendre que sa fille voulait jeter un employé dehors le jour du décès de son père. Elle a renoncé. De très mauvaise grâce.

            - Comment l’affaire s’est-elle terminée ? demanda Sébastien.

            - Curieusement. J’ai toujours le dossier. Grâce aux donateurs, pas à la pétasse. Et un jour, aux vérifications techniques du Rallye du Pays vannetais, un jeune et sa copine commencent à discuter avec Nick et avec moi. La tête du gars me disait quelque chose, sans plus. On parle de la course. A un moment, il me dit qu’il voulait me remercier. Je m’étonne. Il m’explique qu’il y avait eu des fuites au centre. Une secrétaire avait parlé de la volonté de la directrice de le licencier et de mon insistance pour empêcher l’injustice. Là, je l’ai reconnu. Je l’avais vu dans le parc du centre.

            - Il est toujours au centre ? s’inquiéta Romain.

            - Non, il est parti. Il bosse dans un Hyper et il constate qu’il y est plus heureux, mieux traité, payé plus cher et qu’il espère des promotions. Je le vois de temps en temps sur les circuits et les rallyes dans l’Ouest. Il vient toujours nous dire bonjour. Il m’a même confié un petit dossier, le montage d’une SCI entre lui, sa mère et sa sœur pour organiser la gestion d’une maison divisée en studios qu’ils ont héritée de son père. C’est sympa.

            - Tu as l’air de considérer les patrons de petites boites comme des vermines et de mieux apprécier les grands patrons, le vrai monde des affaires, les sportifs et les gens du show-bizz, et même certains particuliers, nota Sébastien

            - C’est vrai, admit David. Le vrai patron, celui qui dirige sa boite sans mégoter, qui assume la gestion des fonctions de l’entreprise, je l’estime et je le respecte. Le gars qui dirige une belle PME ou une grosse entreprise, c’est généralement un vrai seigneur. Il assume ses responsabilités, conduit l’entreprise comme une armée dans une guerre économique impitoyable. Il prend les coups pour protéger ses salariés et faire fructifier l’outil de travail qui profite à tous. Par contre, j’ai toujours eu du mal à supporter les tout petits patrons, qui te débitent du Le Pen ou du Poujade à tour de bras. Leur acharnement à tirer sur tout me gonfle. Je ne cache pas que j’aime bien l’argent. Mais ça m’arrive de faire de très gros efforts pour m’occuper de dossiers qui ne rapportent pas parce que je considère que le client mérite d’être défendu. L’avocat doit assumer sa mission sociale en acceptant de consacrer des efforts à des causes justes quels que soient les moyens financiers du justiciable. Par contre, quand il s’agit d’un gugusse dont je sais qu’il est en train de pleurer misère alors qu’il est bourré, je ne supporte pas. Je me dis, tu me prends pour un con et tu veux profiter de moi, pauvre type. Tu as tort… Arrête ton cirque, tu n’es pas tombé à la bonne adresse. J’en deviens agressif et je ressens une envie irrésistible de mettre le profiteur plus bas que terre. J’ai vu un de ces minables utiliser une vieille 2 cv pourrie pour aller voir tous ses fournisseurs et les apitoyer alors qu’il avait une belle Mercedes dans son garage. Il pleurait un délai pour payer ses factures. J’ai fait semblant de compatir et je lui ai balancé un billet de dix euros à la figure en lui affirmant qu’il me faisait pitié, que je voulais qu’il puisse s’acheter quelques pommes de terre et une tranche de jambon pour bouffer le soir. Eh bien, il l’a pris ! Il a quand même payé quelques jours plus tard. En fait, il était poursuivi au pénal pour fraude fiscale et j’ai soumis l’acceptation du dossier au paiement intégral des arriérés et au versement d’une provision de huit mille euros.

(A suivre le 15 avril 2006)

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