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13/04/2006

DAVID SAREL : AVOCAT, MAIS PAS NAÏF (3)

LA MAUVAISE FOI DU CLIENT

         La scène rapportée ici se déroula un soir de septembre, quelques semaines après les aventures vécues par David et Sébastien dans le Morbihan. Rappelons que David Sarel est le héros récurrent d’une série de romans policiers écrits par Thierry Le Bras et publiés aux Éditions Astoure (cf : http://astoure.site.voila.fr ). Cette série comprend pour l’instant deux livres : Circuit mortel à Lohéac et Faits d’enfer à Carnac

Sébastien et Romain avaient invité David et Nick à boire le digestif après le dîner. La conversation s’orienta sur la profession d’avocat qu’exerce David.

Suite du texte publié le 11 avril 2006

            - Mon père dit ça également, confirma Romain. Il ouvre certains dossiers en soupirant tellement les clients l’énervent, surtout des petits commerçants qui geignent comme des vieilles pleureuses. Il préfère d’ailleurs que les casse-pieds aillent faire perdre du temps à des confrères. Et il ajoute que c’est plus facile de traiter avec un armateur anglais pour assurer une flotte de 25 navires qu’avec un charcutier de quartier pour le contrat IARD de sa boutique. Le charcutier, il va faire toute une histoire parce que la quittance a augmenté de 3,12 € par rapport à l’année précédente. Et il te fera en plus deux heures de discours débile pour débiter d’une voix niaise des énormités sur le fait qu’il ne s’est jamais remis de la cinquième semaine de congés payés en 1981.

            - Je comprends ton père, reprit David. Et je ne me prive pas de me montrer très désagréable quand je ne veux plus d’un client.

            - Par exemple ? demanda Sébastien.

            - Une anecdote amusante. Un jour, je m’occupais d’une location-gérance de fonds de prêt à porter loué par un couple vieillissant à une jeune femme tout à fait charmante. Le couple ne voulait ni renouveler le contrat, ni vendre à la jeune femme. Ils sont venus me voir en pensant que j’allais leur donner raison parce que j’avais rédigé le contrat. Ils se trompaient lourdement.

            Nick pouffa de rire. Il connaissait cette histoire.

            - La vieille commençait à déblatérer sur la nouvelle exploitante. Elle avait mauvais genre etc etc… J’écoutais en souriant. Elle a pris mon attitude pour de l’approbation.

            - Je parie que tu l’as détrompée, devina Sébastien.

            - Et comment. Vous ne voulez pas qu’elle continue l’exploitation, ai-je constaté. Donc, vous allez reprendre le fonds et essayer de le vendre. Le mari m’a répondu par l’affirmative. Vous avez tort, ai-je lancé. Elle travaille bien. Elle fait deux fois plus de chiffre d’affaires que vous. Si vous reprenez le fonds, vous irez droit à la liquidation judiciaire. Vous n’avez jamais sorti un bon bilan, à moins bien sûr que vous n’ayez tellement fraudé le fisc que votre compta ne représente rien. Mais justement, si vous faites deux fois moins de chiffre qu’elle l’année prochaine, vous attirerez un contrôle. Le fisc ne peut pas savoir que vous êtes mauvais. Il croira que vous vous moquez de lui. La petite dame n’était pas contente. J’ai enfoncé le clou. Je suis désolé, mais il ne faut pas vous mentir. Vous n’êtes pas aimables et vous n’avez pas de goût quand vous faites les achats de stocks. En ce qui concerne votre comportement, je le sais. Je vous ai vus au cabinet assez souvent tous les deux. Combien de fois ne m’avez vous pas pris la tête à contester des factures et à demander des délais que vous n’avez de toute façon jamais respectés. Quant au goût, j’ai conseillé à ma femme d’aller voir votre boutique une fois. Elle m’a dit le soir, tout est ringard. Je n’achèterais même pas une écharpe pour mon arrière grand-mère dans leur taudis. Reconnaissez qu’avec la jeune femme qui la tient maintenant, la boutique a une autre allure qu’avec vous.

            Nick, Sébastien et Romain riaient aux éclats.

            - La petite dame et son mari frôlaient la crise d’apoplexie, continua David. Ils ouvraient et ils refermaient la bouche sans émettre aucun son. Comme des carpes. J’ai insisté et je leur ai conseillé de vendre à leur locataire gérante… Sinon, vous attirerez les foudres du fisc et vous déposerez le bilan, ai-je lancé d’un air désabusé.

            - Comment l’affaire s’est-elle dénouée ? questionna Sébastien.

            - Ils ne m’ont pas écouté. Je leur ai rendu leur dossier et je me suis occupé des intérêts de la locataire-gérante. Elle a acheté une boutique dans la même rue car son contrat ne prévoyait pas de clause de non-concurrence en raison de sa durée trop brève et du refus des propriétaires de lui accorder une option d’achat à l’origine. Résultat, au bout de six mois, ils ont vendu le pas de porte pour une bouchée de pain à un opérateur de téléphonie. J’étais mort de rire. Après toutes les discussions où ils m’avaient cassé les oreilles avec leurs contestations mesquines, je n’ai pas compati à leur désarroi. De toute façon, je suis persuadé qu’ils doivent avoir blacké de quoi passer une retraite tranquille.

A suivre le 13 mars 2006

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